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mardi, juillet 5, 2022

Idées reçues sur l’affaire ORPEA et ses actionnaires

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Publié le 25 février 2022



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Depuis la sortie du livre Les fossoyeurs, de nombreux politiques ont eu l’occasion de s’exprimer sur le sujet des EHPAD. Si la droite s’est timidement manifestée, ce sont bien évidemment les candidats de gauche qui se sont le plus indignés.

Pour Philippe Poutou, il faut exproprier les groupes privés pour construire un service public du quatrième âge. Selon Nathalie Arthaud, l’affaire est le miroir d’une société malade du profit. S’il tait élu, Jean-Luc Mélenchon supprimerait les EHPAD à but lucratif. Enfin pour Fabien Roussel, le cœur du problème est qu’on a laissé faire le marché.

Quelle que soit la mesure envisagée, les candidats de gauche sont unanimes : l’affaire ORPEA est  l’illustration des défauts du capitalisme, du libéralisme et de la recherche de profit.

Ce sentiment n’est pas exclusif à la classe politique. Il est arrivé à l’auteur de ces lignes d’être confronté  à des personnes de son cercle familial tenant le même discours : « Il faut être rentable pour les actionnaires  donc on limite les portions des repas et le nombre de change. C’est une stratégie de court terme ».

Dont acte. Examinons la situation d’un hypothétique actionnaire ayant acheté mille actions d’ORPEA  en 2017.

La vie d’un actionnaire ORPEA

Au premier janvier 2017, l’action d’ORPEA s’élève à 76,76 euros l’unité. Il en côutera donc 76 760 euros à notre actionnaire.

Cet investissement lui permet de percevoir des dividendes chaque année. Selon les données d’ORPEAvi, notre actionnaire aurait perçu grâce à son placement :

  • 2017 : 1100 euros
  • 2018 : 1200 euros
  • 2019 : 0 euros
  • 2020 : 900 euros

ORPEA versant ses dividendes généralement en juillet de l’année suivant l’exercice, notre actionnaire  ne percevra qu’en juillet 2022 les résultats de l’exercice 2021.

En cinq ans, pour un investissement initial de 76 760 euros, il n’a gagné que 3100 euros de dividendes. S’il n’a pas de quoi s’enrichir avec ce montant, au 30 juillet 2021 il peut toutefois se féliciter d’avoir investi dans un actif montant. En effet, à cette date, ses mille actions peuvent  maintenant se vendre 107 050 euros. En les revendant toutes il pourrait donc faire une plus-value de 30 290 euros.

Si l’objectif de notre actionnaire est le profit (et ça l’est), il est évident que la rentabilité de son  investissement dépend bien plus de la valeur de son capital, les mille actions, que des flux générés par  le capital en question, les dividendes.

Le scande qui a frappé ORPEA a fait chuter la valeur des actifs. Ainsi au 18 février 2022, l’action vaut  36,71 euros. La valeur des mille actions de notre actionnaire est donc maintenant de 36 710 euros, soit  une perte de 40 050 euros.

Les dividendes n’amortissent que très légèrement cette chute, la faisant passer de 40 050 euros à 36 950 euros.

Bilan pour l’investisseur avide de profit

Aucun actionnaire au monde pourvu d’un tant soit peu de bon sens ne ferait pression sur l’entreprise dans laquelle il investit pour qu’elle prenne des risques aussi inconsidérés pour son capital financier, surtout au regard du faible revenu généré par les dividendes.

Certes le marché n’est pas parfait puisqu’il n’a pu empêcher la maltraitance de personnes âgées (sous  réserve qu’une véritable enquête judiciaire confirme les propos de l’ouvrage). Néanmoins il envoie un  signal très fort aux autres EHPAD concurrents d’ORPEA. Il n’y a pas besoin d’intervention politique. Le marché a déjà communiqué l’information. Le directeur d’ORPEA France, Jean-Christophe Romersi, a été limogé. Le branle-bas de combat a sonné chez tous les concurrents et le mot d’ordre de leurs  actionnaires est « Prenez soin de nos clients. Hors de question qu’il nous arrive la même chose qu’à  ORPEA ».

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