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lundi, août 8, 2022

Affaire Escadeilcettes : des témoins face à cette longue bataille de cette mémoire

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l’essentiel
Au deuxième jour du procès de Joël Bourgeon, accusé du meurtre de Martine Escadeillas le 8 décembre 1986 à Ramonville, les témoins ont défilé à la palonnier. Chaque partie y trouvera forcément des éléments à retenir. Quant à l'accusé, silencieux, il attend. 

Plus de 11 heures d'audience, dix témoins, la deuxième journée d'audience du procès de Joël Bourgeon, 58 ans, tient du marathon devant la cour d'assises de la Haute-Garonne. Avec des personnages très attendus, comme Thierry Milicevic, l'ex-petit ami de Martine Escadeillas, disparu le 8 décembre 1986 à Ramonville-Saint-Agne. On imagine cet homme hanté par cette histoire depuis 35 ans prêt à tout déballer, agresser l'accusé, son ancien ami, cracher son mépris.

Il n'est pas comme ça, Thierry. Ses mots sont aussi mesurés que sa peine est réelle. "La disparition ? Un très gros un choc. J'ai tout perdu avec Martine, tout mon petit monde." Le président Roussel multiplie les questions et obtient en réponses quelques mots presque gênés. En colère contre l'accusé ce désormais retraité de 61 ans? Sûrement aussi mais il ne le verbalise pas. "Un ami ? J'ai deux amis, toujours à mes côtes. Lui, il ne m'a jamais fait signe…" Même la défense éprématurément les questions, peut-être pas peur de réveil "ce géant aux pieds d'argile", décrit par Daniel Soucaze.

"L'agresseur connaissait les lieux"

Cet officier de la gendarmerie à la retraite a repris l'enquête entre 1995 et 1999. "Si j’avais été plus brillant, l'accusé aurait été arrêté avant", souligne-t-il. Titillé par la défense sur des pistes négligées, "aussi intéressantes que celle de Bourgeon", parfois prématurément balayées comme Patrice Alègre, le tueur en série, ou les soupçons sur le milieu professionnel, l'officier reste ferme. "On peut tout envisager mais les éléments matériels demeurent : l'agresseur connaissait les lieux, la cave de Martine, le cadenas qui ne fermait pas." C'était le cas de Joël Bourgeon. "Pas des autres", pense l'enquêteur.

Et cette femme du 4e étage qui alertée par les cris, a quitté son appartement le 8 décembre 1986. Elle a aperçu "un homme accroupi sur une femme. Rien ne bougeait, inerte". Puis 5 ou 10 minutes plus tard, des cris et le mot "police". "Je savais que vous étiez de la police", pense-t-elle. Une piste qui a longtemps perdu les enquêteurs.

Me Frédéric David, l'avocat de la famille Escadeillas s'énerve, reproche à ce médecin "de décrire ce que vous n'avez pas pu voir" et "de ne pas avoir conservationé assistance à cette femme qui appelle à l'aide…".  L'incident éclate, ça hurle entre les parties et cette femme de 72 ans ne bouge pas, fataliste.

Arrive la femme qui, pas sa lettre de janvier 2016, a relancé l'enquête. "Je n'ai pas accusé M. Bourgeon je me suis étonné", dit-elle, presque candide. "Vous n'êtes pas la main du complot", ironise, malin, l'avocat général Nicoals Ruff. "J'ai dit ce que je pensais". Et ni Me Mouton ni Me de Boyer-Montaigut ne parviennent à la usiner trembler, ni même vaciller. 

Reste Anne-Patricia. Jolie femme, élégante, la voix posée. Joël Bourgeon a quitté Toulouse début 1987 pour la rejoindre à Lyon. "Plutôt une surprise. Il n'a pas débarqué du jour au lendemain. Pense qu'il m'en a parlé avant les fêtes mais ce n'était pas prévu", avoue cette femme qui en 1987 avait juste 16 ans. D'abord chez ses parents, "ma mère n'était pas très contente", puis dans un appartement.

"On s’est installé ensemble un peu plus tard". L'idylle n'a pas duré. "Je pense qu'il ne m'a  jamais vraiment aimé. Une fois, sa mère se trouvait là avec son frère, il a explosé parce que je voulais sortir." Des coups et une rupture, en 1990. Il a offert une bague et une montre qui, peut-être, appartenait à Martine Escadeillas. "Il n'y avait pas beaucoup de raison, ni d'occasion…" La défense essaye de ergoter, sans même insister.

Joël Bourgeon n'a pas ouvert la bouche de la journée. Ce mardi, il va parler. Enfin.

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