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mercredi, mai 25, 2022

Liberté d’expression : les milliardaires devraient diriger Internet

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Publié le 19 avril 2022



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Par Matt Hampton.
Un article de la Foundation for Economic Education

 

Elon Musk, PDG de Tesla, est devenu lundi le premier actionnaire de Twitter après avoir acheté 9,2 % de ses actions. L’annonce par Musk qu’il apporterait de grands changements a suscité des spéculations quant à son intention de développer la liberté d’expression sur la plateforme, puisqu’il a critiqué les politiques de Twitter à cet égard.

I’m excited to share that we’re appointing @elonmusk to our board! Through conversations with Elon in recent weeks, it became clear to us that he would bring great value to our Board.

— Parag Agrawal (@paraga) April 5, 2022

Cependant, il a accepté de siéger au conseil d’administration de Twitter le lendemain, et selon Reuters, les membres du conseil n’ont pas leur mot à dire sur les politiques de modération du contenu de Twitter. Le fondateur de PayPal ne pourra pas non plus posséder plus de 14,9 % des actions de Twitter tant qu’il siégera au conseil d’administration, ce qui signifie qu’il ne pourra pas acheter la société de médias sociaux avant l’expiration de son mandat en 2024.

On ne sait donc pas encore s’il limitera la censure de Twitter.

Quoi qu’il en soit, certains ont réagi à l’investissement de Musk sur une base partisane, s’inquiétant du fait que l’influence du milliardaire sur Twitter pourrait être dangereuse. Une analyse du Washington Post a affirmé (par le biais de vagues affirmations) que sa participation dans Twitter « pourrait être une mauvaise nouvelle pour la liberté d’expression ». Le commentateur politique et secrétaire d’État au travail de l’époque de Bill Clinton, Robert Reich, a tweeté : « Qu’est-ce qui pourrait mal se passer si un oligarque déterminait ce qui constitue la liberté d’expression ? » On peut se demander si Reich et le Post auraient exprimé les mêmes inquiétudes concernant les « oligarques » qui restreignent la liberté d’expression en ligne si un titan de la technologie partageant leurs convictions politiques avait acheté la participation.

What could possibly go wrong with an oligarch determining what constitutes free speech?

— Robert Reich (@RBReich) April 4, 2022

En fait, ce sont les milliardaires qui devraient déterminer ce qui constitue la liberté d’expression, du moins sur les plateformes qu’ils financent et possèdent. Les entreprises de médias sociaux sont construites avec des capitaux privés, et si quelqu’un veut changer la façon dont ces plateformes sont gérées, il doit en prendre le contrôle par le biais du marché libre.

Ce n’est pas facile à faire, et le changement ne se produit pas toujours parfaitement ou rapidement, mais il est préférable que ce pouvoir soit réparti entre de riches entrepreneurs parce qu’ils sont en concurrence les uns avec les autres, et cela évite que le pouvoir soit concentré dans l’État, le monopole le plus important et le moins responsable. (Pour citer Musk, « le gouvernement est simplement la plus grande entreprise, avec un monopole sur la violence et où vous n’avez aucun recours »).

La raison pour laquelle le secteur privé est préférable au gouvernement dans ce cas est qu’il est davantage incité à faire ce que les consommateurs veulent.

Comme l’a dit le célèbre économiste Ludwig von Mises dans Economic Policy : Thoughts for Today and Tomorrow, un homme d’affaires « ne règne pas sur un territoire conquis, indépendant du marché, indépendant de ses clients. […] Ce ‘roi’ doit rester dans les bonnes grâces de ses sujets, les consommateurs ; il perd son ‘royaume’ dès qu’il n’est plus en mesure de donner à ses clients un meilleur service et de le fournir à moindre coût que d’autres avec lesquels il doit entrer en concurrence. »

Les politiciens, quant à eux, répondent au public par le biais d’élections qui peuvent se dérouler dans plusieurs années, au cours desquelles les candidats font notoirement des promesses qu’ils ne pourront ou ne voudront pas tenir, et au cours desquelles les électeurs peuvent ou non être incités à comprendre les nombreuses politiques en jeu. Les bureaucrates sont encore moins responsables, nombre d’entre eux restant en poste pendant des décennies et n’ayant jamais à faire face aux électeurs.

Les personnes qui plaident pour une réglementation gouvernementale des médias sociaux (qu’elles pensent qu’elle censure trop ou pas assez) peuvent répondre : « Vous ne devriez pas avoir besoin d’être l’homme le plus riche du monde pour influencer les politiques des réseaux sociaux. »

Mais cela se résume à une condamnation du fait qu’il existe des postes de pouvoir élevés au sommet des entreprises de médias sociaux. Cependant, on ne voit pas bien ce qui rendrait ce pouvoir plus accessible, tant que ces plateformes existent. Supposer que le peuple serait essentiellement aux commandes dans la mesure où le gouvernement contrôle les entreprises de médias sociaux revient à ignorer les faits de l‘économie du choix public : les politiciens et les bureaucrates agissent dans leur propre intérêt, qui n’est pas nécessairement aligné sur celui de leurs citoyens. Rendre les entreprises responsables devant le gouvernement les rend en fait moins responsables devant les gens ordinaires, car cela les oblige à suivre les mandats du gouvernement plutôt que la volonté des consommateurs.

Il est plutôt contradictoire d’argumenter contre la concentration du pouvoir si votre solution consiste à donner davantage de pouvoir au gouvernement. L’État qui réglemente le discours en ligne est plus dangereux qu’Elon Musk ou Mark Zuckerberg qui le contrôle, étant donné que l’État est à l’origine d’une grande partie de la censure en ligne que nous observons aujourd’hui.

 

Traduction Justine Colinet pour Contrepoints

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