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mercredi, mai 25, 2022

Rémunération des patrons : la « mélenchonisation » de Macron

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Publié le 19 avril 2022



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Le premier tour de l’élection présidentielle a montré que plus de 70 % des électeurs français n’aimaient pas la liberté. Aussi, Emmanuel Macron propose de définir à l’échelle européenne des plafonds contre les rémunérations des grands patrons et d’œuvrer à l’échelle nationale pour un meilleur partage de la valeur ajoutée dans les entreprises. Marine Le Pen le suit de près !

La polémique que suscite l’ampleur de la rémunération (19 millions d’euros au titre de l’exercice 2021, et 66 millions en additionnant les primes et actions) du patron Stellantis, Carlos Tavares n’est pas cantonnée à la France. Il faut dire que ce constructeur automobile rassemble des marques françaises (Peugeot, Citroën), italiennes et américaines (Fiat, Chrysler). Répondant à une question d’un auditeur de France Info le 15 avril, le candidat Emmanuel Macron a jugé « choquant et excessif » le montant « astronomique » du salaire du directeur général du groupe automobile.

Le hasard veut qu’à peu près au même instant, le ministère du Travail annonçait une revalorisation du salaire minimum légal. Du fait de la forte inflation enregistrée depuis novembre, le Smic augmentera automatiquement de 2,65 % le 1er mai. Pour un salarié à temps plein, il s’établira donc à 1645,58 euros brut. En net, il passera de 1269 à 1302,64 euros. Le Smic horaire brut passera de 10,57 à 10,85 euros.

 

Le virage mélenchoniste de Macron

Désireux de rassurer l’électorat de gauche, et notamment celui de Mélenchon, en vue du deuxième tour de l’élection présidentielle, le président sortant a déclaré :

« Il faut se donner des plafonds et avoir une gouvernance pour notre Europe qui rende les choses acceptables sinon la société à un moment donné explose. Il faut mener le combat en Européens pour qu’on ait à un moment donné des rémunérations qui ne peuvent pas être abusives, exactement comme on l’a fait pour lutter contre l’évasion fiscale. Sans l’encadrer dans une fourchette, on doit pouvoir mettre un plafond, si on le fait au niveau européen ça peut marcher. »

Jean-Luc Mélenchon proposait dans son programme de limiter l’écart des salaires en entreprise de un à vingt. Au-delà d’une telle réforme à l’échelle des Vingt-Sept, Emmanuel Macron propose également, à l’échelle nationale, de « complètement changer le pacte de partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise » en imposant un « lien obligatoire » entre versement de dividendes aux actionnaires et versement aux salariés d’un intéressement, d’une participation, ou d’une prime de pouvoir d’achat.

 

Le Pen et Macron, bonnet blanc et blanc bonnet

Marine Le Pen aussi a estimé à plusieurs reprises que le montant de la rémunération proposée pour Carlos Tavares était choquant.

Interrogée à ce sujet vendredi sur BFMTV et RMC, la candidate du Rassemblement national a jugé et proposé :

« Un des moyens d’atténuer ces rémunérations qui sont hors de proportion par rapport à la vie économique, c’est peut-être justement de faire entrer les salariés comme actionnaires. Dans des sociétés telles que celle-là, il faut réfléchir à un concept qui serait une sorte de réserve légale de titres, qui serait partagée par tous les salariés à égalité, totalement. Il n’y aurait pas les salariés, les cadres qui auraient plus et puis les salariés qui leur seraient inférieurs qui auraient moins. Tout le monde, tous les salariés seraient propriétaires d’une partie de cette réserve légale de titres. »

 

Est-il indécent que les patrons de grandes entreprises gagnent plusieurs millions par an ?

Force est de constater que si les rémunérations des patrons suscitent la polémique, il n’en est pas de même pour les cachets souvent exorbitants des sportifs ou des stars de la chanson et du cinéma.

Il y a plusieurs justifications qui font qu’on paie cher un patron. La relation entre le dirigeant et les actionnaires qui estiment qu’il travaille pour eux. Le fait que, pour en arriver là, il a fait des efforts, des sacrifices. Et puis on paie le prix du marché qui est en tendance haussière car on s’aligne sur le marché américain voire asiatique. Enfin, il y a la performance effective du dirigeant : quels sont les critères d’évaluation de la performance d’un dirigeant ? Une question à laquelle personne ne répond. Pour cela, on a besoin d’experts, de chercheurs. C’est aussi la question de ce qui est moralement acceptable de la part d’un dirigeant.

Ainsi, plafonner les rémunérations des patrons d’entreprises privées n’a pas de sens car il n’y a pas de lien entre les rémunérations des uns et le pouvoir d’achat des autres.

Les vrais sujets sont les suivants :

  • La rémunération des patrons d’entreprises privées doit être essentiellement fixée en fonction des performances de celles-ci. En l’espèce, les excellents résultats de Stellantis en 2021 (13,4 milliards d’euros de bénéfice net, marge opérationnelle courante de 11,8 %) devraient en principe valoir à son directeur général une rémunération exceptionnelle.
  • Il faut clarifier le système de calcul des rémunérations des grands patrons afin de réduire tous fantasmes populistes. Par exemple, il faut définir et rendre publiques les conditions de la rémunération variable des dirigeants en début d’exercice (performances économiques, financières, mais aussi sociales). Également, la composition des comités de rémunération doit être clairement établie afin de limiter les risques de pantouflage où deux dirigeants se tiennent par la barbichette.

 

Si le SMIC a pour conséquence économique de tirer l’ensemble des salaires vers le bas, un plafonnement des salaires en Europe aura pour conséquence une migration des hauts dirigeants vers les États-Unis ou l’Asie…

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