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mardi, juillet 5, 2022

Espace : derrière la grève historique du Cnes, les enjeux du « New space »

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Jeudi dernier quelque 600 agents du Centre national d’études spatiales (Cnes) de Toulouse ont fait grève pour protester contre le nouveau Contrat d’objectifs et de performance signé avec l’État qui privilégie, selon les syndicats, des acteurs privés. Derrière, les enjeux du « new space » dans lequel l’Europe a pris du retard.

C’est un mouvement historique qui a touché le Centre national d’études spatiales (Cnes) de Toulouse jeudi dernier. À l’appel d’une intersyndicale, quelque 600 agents sur 1 700 ont débrayé pour protester contre des augmentations de salaires jugées « dérisoires », dans le cadre des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO), mais surtout contre la mise en place du nouveau Contrat d’objectifs et de performance (COP) entre l’État et le Cnes pour la période 2022-2025. Un COP qui bouleversera le fonctionnement actuel du Cnes, l’État mobilisant des fonds destinés à des entreprises privées, notamment des start-up.

« Ce COP accentue le transfert d’argent public vers le secteur privé en mettant à la disposition des industriels les moyens du Cnes sans que celui-ci puisse réellement influer sur le choix et la réussite des activités menées. [Il] instaure de nouvelles relations contractuelles avec le secteur privé potentiellement en contradiction avec les règles de la commande publique. En particulier, 1,5 milliard d’euros de fonds publics visent à être distribués par la Banque publique d’investissement (Bpifrance) à l’écosystème dit des start-up, avec un contrôle extrêmement limité sur l’utilisation de ces fonds et aucune garantie d’une utilisation conforme aux intérêts publics », dénonce l’intersyndicale, qui souligne que « ce projet fait l’objet d’un rejet massif de la part des salariés et de leurs organisations. »

Faire émerger des champions du New space

En janvier dernier Philippe Baptiste, président du Cnes avait rappelé lors de ses vœux deux programmes concernant des start-up. D’une part CosmiCapital « un fonds de capital-innovation porté par la société Karista, doté de 38 millions d’euros pour faire émerger des champions français et européens du New space. Il est notamment souscrit par le Cnes, initiateur du fonds, et le Fonds national d’amorçage 2 (FNA 2), géré pour le compte de l’État par Bpifrance et en partenariat avec l’Agence spatiale européenne. » D’autre part le programme SpaceFounders « initié et co-géré par le Cnes et l’université de la Bundeswehr Munich, [qui] soutient quant à lui les pépites européennes de premier plan en matière de technologies spatiales. En 2022, deux promotions de 10 start-up chacune embarqueront pour 10 semaines d’accompagnement à Toulouse et Munich. »

Fustigeant un COP qui « met en avant la recherche scientifique, mais lui alloue des moyens insuffisants donnant la priorité au secteur privé et à la Défense », l’intersyndicale a dénoncé jeudi « l’incapacité de la politique spatiale proposée à répondre aux futurs enjeux scientifiques et écologiques » et réclame l’abandon de l’actuel COP et la rédaction d’un nouveau.

Ce mouvement de grève intervient dans un contexte particulier où les frontières de l’espace se redessinent à l’aune du New space. Dans ce nouvel espace, les acteurs historiques comme la Nasa, l’Agence spatiale européenne ESA, l’agence spatiale russe Roscomos… ont vu arriver d’une part de nouvelles sociétés privées portées par des milliardaires de la Tech (Space X d’Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos) et d’autre part se trouvent confrontées aux ambitions d’autres États (Chine, Inde, Japon…).

Plan France 2030

Dans cette compétition exacerbée, la France et l’Europe veulent continuer à jouer un rôle. « La question de la confiance, de la sûreté dans l’espace est en train de se poser dans des termes radicalement nouveaux. […] Ça suppose que la France [assume] de travailler avec les acteurs établis, mais aussi avec des acteurs qui peuvent innover et changer la donne dans ce domaine », avait expliqué Emmanuel Macron le 12 octobre 2021 en présentant le 9e objectif du plan France 2030. « Pour ça, à court terme, nous avons plusieurs objectifs : les mini-lanceurs réutilisables, qui est un objectif qu’on doit pouvoir atteindre d’ici 2026, mais aussi les micro minisatellites, les constellations de demain et l’ensemble des innovations technologiques et de services qui sont au cœur justement de ce nouvel espace», expliquait le Président.

Qui est au service de qui ?

« Le contrat d’objectifs et de performance que nous nous apprêtons à signer avec le Cnes va le renforcer en sa qualité de bras armé de l’État pour déployer une politique spatiale au service de notre rayonnement, de notre souveraineté, de notre compétitivité et de notre planète », a expliqué le Premier ministre Jean Castex le 15 décembre à l’occasion des 60 ans du Cnes, soulignant que « le 1,5 milliard d’euros qui seront consacrés [à la politique spatiale] vont permettre de rattraper le retard sur certains segments des marchés clés » et que « des financements sous la forme de concours ou d’appels à projets seront lancés dès l’année prochaine afin de développer de nouveaux segments de marché. »
Toute la question est de savoir qui est au service de qui, qui impulse et qui pilote, entre le Cnes ou l’écosystème start-up – par définition fragile – ces nouvelles ambitions.
 

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