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mercredi, juillet 6, 2022

PORTRAIT. Fédérale 1 : « Il mériterait une statue ! » À Lavaur, « Le Gros » Nicolas Hallinger a tiré sa révérence

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l’essentiel
Manager de Lavaur cette saison, Nicolas Hallinger a décidé de quitter définitivement le rugby. Et un club auquel il se sera voué plus que de raison. Une question de respect et de valeurs.

Il tenait à cet au revoir convivial. La semaine dernière, à l’heure où l’ASV Lavaur s’entraîne habituellement, le manager Nicolas Hallinger a réuni ses joueurs. Pas question de crampons, plutôt de pain, chipos et barbecue.

Regrouper tout le monde, une ultime fois, avant de quitter ce club dont il s’est amouraché voilà 20 ans. Le geste en dit déjà long sur le personnage, intrinsèquement lié à ces relations humaines, socle de sa vision du rugby.

Des rapports ballottés dans tous les sens par une saison calvaire où l’ASV aura essuyé 19 défaites en 22 rencontres. Un point final inopportun pour cet ancien troisième ligne de Castres (1995-2001) au vu de son investissement pour le club vauréen. « Honnêtement, il mériterait une statue aux Clauzades », lance Patrice Lopez, coprésident de Lavaur.

Et dire que son histoire ne devait initialement pas s’écrire dans l’ouest du Tarn. « En 2001, je devais revenir à Mazamet (club pour lequel il a joué), explique Nicolas Hallinger. Et quand j’ai rencontré les dirigeants du Sporting, je les ai prévenus qu’une seule personne pouvait me faire changer d’avis : Monsieur Fabre. »

Et puis Pierre Fabre, attaché à Lavaur car fils de Vauréens et résident de la ville, lui a demandé, par l’intermédiaire de Pierre-Yves Revol, de « filer un coup de main au club », alors en Fédérale 2.

Un rendez-vous avec les dirigeants vauréens finira de convaincre Hallinger, et sonnera le début d’une aventure de 20 ans, bien qu’entrecoupée de passages sur les bancs de Colomiers ou Villefranche-de-Lauragais notamment. Pour Hallinger, Pierre Fabre fut une sorte de mentor. « Je me suis construit professionnellement, sportivement et en tant qu’homme grâce à lui. C’est quelqu’un qui pouvait être très dur, mais toujours humain. Il avait ce côté donnant-donnant », pèse-t-il en parlant de celui qu’il nomme toujours « Monsieur Fabre », témoignage du respect qu’il lui porte.

Sa femme filmait les matchs

Ce respect, il l’a traduit via un engagement sans faille pour l’ASV, remportant notamment un titre de champion de France de Fédérale 1 en 2009. « Il a su s’entourer, se souvient Patrice Lopez. De gars de l’extérieur comme de mecs du club, à l’instar de Thierry Carnemolla », décédé en 2019. « Mon meilleur ami », souffle Hallinger, saisi par les larmes.

En Carnemolla, le désormais ex-manager de l’ASV a trouvé ces valeurs humaines qu’il chérit. « On était deux caractères opposés, tout le monde pensait qu’on ne s’entendrait pas. Mais avec lui, je me suis souvent retrouvé à parler de tout dans les vestiaires jusqu’à 23 heures. Il a réussi à me supporter », en sourit celui que son ami surnommait facétieusement « Le Gros ». Surtout, ce « frère de cœur » s’est révélé être un appui, en plus de Pierre Fabre, sur ce long chemin de la croissance du club. « Il l’a structuré sur tous les plans : sportif, administratif, infrastructures…, énumère le président de l’ASV. Il a par exemple apporté la vidéo à une époque où ça ne se faisait pas en amateur. Et il faut savoir que c’est sa femme qui filmait les rencontres ! »

Des vidéos dont il se servait pour tout décortiquer. Car Hallinger est un énorme bosseur, plus que la norme ne pourrait presque le tolérer. Question de passion, de respect aussi vis-à-vis de ceux qu’il entraîne. « J’aime que les choses soient préparées », assure-t-il. Il allume alors son ordinateur portable, et montre tous ces fichiers où statistiques de matchs, chaque séance d’entraînement, sont précieusement consignées depuis 20 ans. Une mine d’or. Deux décennies au cours desquelles il a vécu de sa passion, jusqu’à en être usé aujourd’hui. Usé par un rugby auquel il s’identifie moins car devenu « un objet de consommation et moins de passion ».

Alors la fin de l’histoire à Lavaur sera aussi la fin de son histoire dans ce sport, manière d’avoir « plus de temps afin de profiter de mes petits-enfants ». Et si, à la sirène de sa carrière de joueur, il a immédiatement jeté ses crampons à la poubelle, son PC devrait connaître une trajectoire différente. Ne plus être dédié au rugby, simplement changer de vie. Comme son propriétaire.
 

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