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mercredi, juillet 6, 2022

Présidentielle : l’économie, une question de crédibilité pour Macron et Le Pen

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À une semaine du second tour, le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen se joue sur le terrain de l’économie à l’heure où le pouvoir d’achat est la priorité n° 1 des Français. Les experts sont critiques sur la faisabilité et les conséquences des promesses de la candidate du RN.

D’un côté un énarque, inspecteur des finances, ancien banquier d’affaires chez Rothschild, ancien ministre de l’Économie ; de l’autre une avocate : en 2017, lors du débat d’entre deux tours opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les Français avaient pu constater combien le sérieux économique penchait du côté d’Emmanuel Macron. Depuis ce débat raté, Marine Le Pen a travaillé pour gagner en crédibilité, elle a récemment tenu une conférence de presse exclusivement consacrée au chiffrage de ses mesures.

La candidate du Rassemblement national a promis, « l’équilibre budgétaire » lors de la présentation de son programme économique. Mais plusieurs experts – de droite comme de gauche – ont pointé des dépenses sous-estimées ou sous-financées, du flou voire des erreurs de calcul dans les estimations. Un constat partagé par des économistes libéraux comme Jean Tirole, président honoraire de la Toulouse School of Economics et lauréat du « Prix Nobel» d’économie 2014, qui alerte dans nos colonnes – comme il l’avait fait en 2017 dans une tribune cosignée par Joseph Stiglitz et Thomas Piketty – sur la dangerosité du programme économique de Marine Le Pen.

Le Pen : «tout sauf la candidate du peuple»

Un constat aussi partagé par le collectif des Économistes atterrés, qui avait analysé conjointement mi-mars les programmes économiques des deux candidats d’extrême droite, Marine Le Pen et Eric Zemmour. « On peut qualifier leurs propositions économiques de néolibérales-nationalistes, puisqu’elles servent les intérêts des ménages aisés et des entreprises tout en se réclamant d’un patriotisme économique tourné contre les étrangers. Leurs propositions sociales ou sociétales sont quant à elles marquées par les obsessions de la sécurité (allant jusqu’à des formes de contrôle idéologique) et de la lutte contre l’immigration, ainsi que par l’absence totale de mesures concernant l’environnement. Finalement, rien de vraiment nouveau sous le soleil de l’extrême droite ! Comme nous le disions déjà en 2017, Marine Le Pen est tout sauf la candidate du peuple. »

Dans le détail, l’Institut Montaigne, un think tank libéral qui a analysé les recettes et dépenses des programmes des douze candidats, reste sévère avec Marine Le Pen. «Le programme de Marine Le Pen entraînerait un budget en déséquilibre, qui augmenterait le déficit public de 101,8 milliards d’euros par an », estime l’Institut Montaigne. «La candidate propose notamment des dépenses nouvelles importantes en faveur des retraités (- 37,7 milliards d’euros par an) et du pouvoir d’achat des ménages (- 31,5 milliards d’euros par an). Ces mesures seraient partiellement financées par la maîtrise des dépenses sociales liées à la présence d’immigrés ou d’étrangers en France (+6,9 milliards) et sur la maîtrise des dépenses publiques de santé (+5,6 milliards par an)», poursuit-il.

Les Français trouvent Macron plus crédible, mais…

La fondation Terra Nova, plutôt marquée à gauche, fustige la mesure phare de Marine Le Pen sur une baisse de la TVA. La fondation a listé six raisons de ne pas baisser la TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz et électricité) comme le propose la candidate d’extrême droite. « La mesure-phare de Marine Le Pen n’est ni pertinente, ni conforme au droit européen, ni ciblée sur les Français les plus modestes. Le bénéfice pourrait même en être partiellement capté par les entreprises énergétiques. Pire, elle s’avère défavorable au climat et désinciter à la recherche d’alternatives aux énergies fossiles », conclut Terra Nova.

Les Français ont en tout cas bien compris que le «match» entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen passerait par l’économie. Selon un sondage Odoxa – Backbone Consulting réalisé pour Le Figaro sur les programmes économiques des deux candidats et publié vendredi, Mme Le Pen est préférée à M. Macron sur les retraites et le pouvoir d’achat, mais c’est toujours le président sortant que les Français jugent le plus crédible sur l’économie.

« Chacun dispose de son avantage concurrentiel : à Macron la croissance (58 % contre 38 %) et l’emploi (50 % contre 46 %), à Le Pen les retraites (57 % contre 40 %) et le pouvoir d’achat (54 % contre 42 %). D’ailleurs, les principales mesures économiques des deux candidats sont approuvées, sauf l’exonération d’impôts sur le revenu pour les jeunes défendue par Marine Le Pen et le fait de repousser l’âge légal de départ à la retraite, talon d’Achille d’Emmanuel Macron. Au global, les mesures Le Pen sont un peu plus appréciées que les mesures Macron : 72 % contre 68 % », expliquent Gaël Sliman et Céline Bracq d’Odoxa. L’enquête montre toutefois que «les ouvriers (75 %), les salariés du privé (55%) comme du public (57 %) et les chômeurs (62 %) pensent qu’ils profiteraient plus d’une élection de Marine Le Pen alors que, seuls les cadres (85 %) pensent réellement qu’ils tireraient davantage profit de la réélection d’Emmanuel Macron. »

Au final le programme économique d’Emmanuel Macron est perçu comme le plus crédible par 50% des Français contre 46%. «Même si l’écart se resserre par rapport à 2017, in fine, c’est (toujours) Macron qui est jugé globalement le plus compétent pour gérer l’économie: 40 % le citent contre 30 % Le Pen soit un ratio de 57 % contre 43 % auprès de ceux faisant un choix entre les deux», conclut Odoxa.

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