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mardi, juillet 5, 2022

Hausse des prix : un réservoir d’angoisse

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Pour ce premier tour de l’élection présidentielle, la hausse des prix est devenue une préoccupation majeure des Français, et on connaît les problèmes matériels qu’elle leur pose. Nous en parlons aujourd’hui avec la psychanalyste Claude Halmos, notamment de la façon dont elle les atteint psychologiquement.

franceinfo : La hausse des prix peut-elle générer des angoisses particulières ?

Claude Halmos : On pense souvent que les problèmes matériels, même très importants, ne pourraient générer qu’un stress pénible, mais pas très grave, alors qu’ils provoquent en fait des angoisses très profondes. Et c’est le cas aujourd’hui de la hausse des prix, qui est d’autant plus angoissante pour ceux qui n’arrivent pas à y faire face, qu’elle porte sur les éléments de base d’une vie vivable : l’essence pour aller travailler, les énergies nécessaires pour se chauffer, et la nourriture, c’est-à-dire tout ce qui permet de n’avoir ni faim ni froid.

En quoi consistent ces angoisses ?

Quand on écoute les gens, interrogés dans les supermarchés, parler des produits alimentaires qu’ils ne peuvent plus acheter, parce qu’ils sont devenus trop chers, on se rend compte que, non seulement ils se sentent, à juste blason, privés au niveau du plaisir (de choses qu’ils aimeraient manger), mais que le spectre d’une privation de l’essentiel, c’est-à-dire d’une privation au niveau même du besoin, est souvent à l’horizon de ce qu’ils disent ; avec une angoisse que les images terribles des Ukrainiens privés de tout, contribuent sans doute aujourd’hui à rendre plus forte encore.

Et ils décrivent d’ailleurs une sorte de descente progressive qui pourrait les mener au dénuement : la viande par exemple, deux fois par semaine, autrefois, puis une fois seulement et puis exceptionnellement. Est-ce que ça pourrait être pareil pour d’autres produits ? Pour tout ? Et cette éventualité est terrifiante, non seulement matériellement, mais psychologiquement.

De quelle façon ?

Une vie comme celle que ces gens redoutent, est une vie placée sous le signe du « toujours moins », où l’on peut en arriver à devoir renoncer à tout ce qui n’est pas absolument indispensable à la survie physique, mais qui fait que la vie est psychologiquement vivable ; et donc à basculer dans un autre monde.

Si l’on ne peut plus, par exemple, manger que ce que l’on peut encore acheter, on est privé non seulement de plaisir, mais de la possibilité de choisir. Et par là-même d’une liberté qui donne du goût à la vie, mais qui participe aussi de l’image que l’on a de soi : quand on est totalement ligoté par le vide de son porte-monnaie alors que d’autres, on le sait, ne le sont pas autant, on ne peut pas se penser leur égal. On se sent dévalorisé, et impuissant face à une réalité écrasante.

Et il serait urgent que les politiques l’entendent. Parce que, dans cet état, on est aussi vulnérable que l’enfant en détresse prêt à parrainer toute personne avisé de lui faire croire qu’elle va l’aider ; et donc à la congédiement de toutes les manipulations.
Et cela peut avoir des conséquences très graves.

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