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mardi, juillet 5, 2022

Les Républicains : un quinquennat pour moins que rien

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Difficile dans les conditions actuelles d’imaginer un avenir uni pour le parti de Valérie Pécresse.

Il est peu dire que le score de Valérie Pécresse (4,78 %) a déçu Les Républicains et fait relativiser la défaite de 2017 lors de laquelle François Fillon pouvait encore se targuer de représenter un cinquième de l’électorat. Certes, comme il y a cinq ans, le parti pourra se dire victime des circonstances et des évènements, et ne s’est déjà pas privé pendant la campagne de déplorer une sorte d’acharnement du pouvoir en place contre ce qui aurait pu être la seule force de gouvernement susceptible de le mettre en échec. Il n’en reste pas moins que le parti traditionnel de la droite française est aujourd’hui réduit à l’état de résidu électoral, même pas en capacité d’assurer le remboursement de sa campagne. Il est donc nécessaire de comprendre à la fois la nature de cet évidement électoral, ses causes et ses conséquences.

Où sont passés les électeurs de droite ?

Dans l’ensemble, les facteurs explicatifs du vote Pécresse sont sensiblement les mêmes que pour celui du vote Fillon : un électorat assez nettement âgé, catholique et aisé – même si la candidate a peiné à convaincre la frange de la population possédant la situation la plus confortable (diplômée, épargnant beaucoup et satisfaite de sa vie). Pour autant, le vote de droite apparaît dérisoire dans la plupart des segments électoraux, ce qui est notamment dû à un désalignement de l’électorat de droite avec son parti de prédilection. En d’autres termes des pans entiers de l’électorat définis par leurs caractéristiques sociodémographiques qui avaient l’habitude de voter pour un parti ne le font plus : seuls 37 % des sympathisants LR/UDI ayant exprimé une voix en 2022 ont voté Pécresse, ce qui n’a également été le cas que de 21 % des électeurs Fillon.

De nombreux bastions de la droite semblent ainsi avoir disparu, dans le Grand Ouest, en Alsace, dans le Rhône ou encore en Paca, n’étant aujourd’hui restreints qu’à l’ouest de l’Île-de-France, la Champagne-Ardenne, le Doubs, la Savoie et le sud du Massif central.

Il est possible de distinguer quatre types d’électeurs ayant fait défaut à la droite. Le plus important concerne ceux qui se sont tournés vers Emmanuel Macron, assez typiques de l’ancien électorat de droite en termes de génération et d’appartenance sociale, avec 41 % chez les 70 ans et plus, respectivement 35 % et 30 % chez les catholiques pratiquants réguliers et occasionnels, 35 % chez les cadres, 33 % chez les bac+3 et plus, 35 % dans les foyers gagnant plus de 3 000 euros mensuels, 53 % dans les milieux aisés et favorisés – un électorat dirons-nous particulièrement « épanoui », qui a commencé sa transition dès les élections européennes de 2019, voire même dès les législatives de 2017. Vient ensuite l’abstention qui a concerné 22 % des anciens électeurs Fillon, taux élevé pour une population habituellement très attachée au vote.

Le troisième concerne les nouveaux électeurs de Marine Le Pen, qui assoit encore davantage son hégémonie sur l’électorat populaire de droite, en attirant plus de 20 % des électeurs se reconnaissant dans Les Républicains et l’UDI. Enfin, il faut compter sur les désistements en faveur d’Eric Zemmour, qui réalise entre autres de bons scores dans des quartiers très huppés comme le nord du XVIᵉ arrondissement de Paris ou dans l’hypercentre de Lyon, au sein peut-être de la frange la plus inquiète et conservatrice de la bourgeoisie française.

Comment la droite en est-elle arrivée là ?

Au-delà des circonstances effectivement particulières de la campagne présidentielle de 2022, à l’instar du « ralliement au drapeau » en faveur d’Emmanuel Macron provoqué par la guerre en Ukraine et de piètres performances scéniques et oratoires de Valérie Pécresse qui ont pu faire douter les anciennes générations averses au risque, la campagne de cette dernière a largement été handicapée par ses problèmes de fond. Valérie Pécresse a peiné à proposer une synthèse mobilisatrice de son programme politique, multipliant par exemple les slogans génériques, dont le dernier, « Le courage de faire », insiste bien plus sur une méthode de gouvernement que sur un projet de société.

Or, Emmanuel Macron a pu pendant son mandat incarner à la fois la solidité de la fonction présidentielle et une offre politique fondée sur un certain nombre d’orientations économiques ou régaliennes aptes à satisfaire les électeurs de droite. Misant sur le fait que la plupart des électeurs n’étaient pas très préoccupés par la question de la pureté idéologique, il a su efficacement braconner les mesures phares du programme de Valérie Pécresse sur la retraite, le RSA ou encore la restriction de l’octroi de visas, tandis qu’un groupe minoritaire radicalisé lui préférait Eric Zemmour ou Marine Le Pen.

La raison de cet échec réside aussi dans une campagne tardive, précédée de longs mois de débats internes à la droite destinés à ne séduire que les adhérents du parti, durant lesquels la droite radicale a semblé faire la pluie et le beau temps, et qui ont durablement accroché à l’image de la candidate désignée. Si la droite radicale en est arrivée à un tel niveau d’influence au sein des Républicains, c’est parce qu’elle est parvenue à imposer l’idée qu’elle défendait une ligne conforme aux attentes et préoccupations des militants et sympathisants de droite en général, et parce que Valérie Pécresse ne disposait pas d’une doctrine préexistante susceptible de résister au chantage idéologique de son concurrent le plus polémique, Eric Ciotti. La faute est enfin à chercher des instances partisanes qui, effrayées par la perspective d’une scission, ont cherché à maintenir à tout prix un compromis idéologique malléable, quitte à ne proposer en guise de programme officiel qu’un ensemble de mesures techniques par ailleurs largement ignoré par les candidats à l’investiture.

Les Républicains ont-ils encore un avenir ?

Difficile dans les conditions actuelles d’imaginer un avenir uni pour le parti de Valérie Pécresse. Si le bureau politique des Républicains est parvenu à adopter assez largement une motion commune appelant à ne donner aucune voix à Marine Le Pen tout en renvoyant dos-à-dos la mollesse macroniste et l’irresponsabilité lepéniste, les positions personnelles des cadres divergent.

On peut distinguer ceux qui ont exprimé une préférence personnelle pour le président sortant comme Valérie Pécresse, ceux qui souhaitent accepter franchement la main tendue de ce dernier pour construire une grande confédération de gouvernement comme Nicolas Sarkozy, ceux qui refusent de choisir explicitement entre les deux concurrents du second tour comme Laurent Wauquiez, et ceux qui affirment leur refus du bulletin Macron comme Eric Ciotti.

La majorité semble néanmoins décidée à ne pas jouer les supplétifs du pouvoir macroniste, partant du principe qu’il est de sa responsabilité de construire une alternative politique crédible à Emmanuel Macron pour éviter aux forces « de gouvernement » d’être un jour renversées par « les extrêmes », dans le respect de son héritage gaulliste. Une ambition que le parti est pourtant loin d’avoir atteinte durant les cinq dernières années, dans des conditions pourtant bien plus favorables que celles du quinquennat à venir. Si le sursaut n’est pas impossible, il apparaît plus que jamais improbable.

Cet article, rédigé par Emilien Houard-Vial, Doctorant en science politique, Centre d’études européennes (Sciences Po), Sciences Po, est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Vous pouvez lire l’article original mis en ligne le 14 avril.

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