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mercredi, juillet 6, 2022

Une opposition libérale aux sanctions contre la Russie

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Publié le 14 avril 2022



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Les sanctions économiques et financières que les gouvernements occidentaux ont acté contre la Russie ne semblent choquer que très peu d’Européens. Pourtant, pour plusieurs raisons elles devraient au minimum faire l’objet d’un vif débat dans les sociétés occidentales.

D’abord, on oublie qu’elles sont illégales d’un point de vue du droit international (seul le Conseil de Sécurité peut approuver des sanctions économiques, selon l’Article 41 de la Charte des Nations Unies) et peuvent légitimement être considérées par la Russie comme un acte de guerre, avec toutes les conséquences terrifiantes qu’une telle interprétation pourrait avoir. Même en considérant que l’invasion de l’Ukraine est une violation claire du droit international, cette guerre économique ne peut en aucun cas être justifiée de la part de nations (et de l’Union européenne) n’ayant pas d’accords de défense avec l’Ukraine et qui n’étant pas officiellement en guerre contre la Russie. Comme disent les anglais : « Two wrongs don’t make a right ».

Ensuite, les sanctions ne fonctionnent pas, si leur but est de changer le comportement du gouvernement du pays ciblé ou bien, plus indirectement, d’appauvrir la population afin qu’elle se révolte avec succès contre le gouvernement. Aucun exemple historique ne semble exister où l’un ou l’autre de ces deux buts a été atteint. De plus, l’appauvrissement calculé d’une population étrangère afin d’atteindre des objectifs politiques hors de portée, est profondément cynique et inhumain. C’est une raison importante pour le libéral de vouloir réduire le pouvoir de l’État pour l’empêcher de nuire.

En effet, cela fait déjà plusieurs décennies que des pays comme Cuba, la Corée du nord, l’Iran et le Venezuela sont sous sanctions américaines et européennes pratiquement aussi dures que celles que subit aujourd’hui la Russie. Leurs populations souffrent économiquement mais soutiennent leur gouvernement contre ces agressions économiques extérieures complètement inefficaces, elles sont néanmoins rarement levées, à tel point qu’on peut se demander si leur but n’est pas justement l’appauvrissement des populations de ces pays en guise de punition.

Cette guerre économique déclarée par l’Occident contre la Russie a eu pour effet de convaincre la minorité de Russes qui ne l’était pas encore, que les autorités russes avaient raison toutes ces années, quand elles mettaient en garde contre la menace que représente la politique étrangère des États-Unis, et des pays occidentaux sous son influence. Alors que beaucoup de Russes urbains se sont opposés initialement à l’invasion d’un pays frère, les sanctions brutales contre leur pays, y compris la confiscation de 300 milliards de dollars de sa Banque centrale, ont renforcé le soutien de la population pour le président Poutine.

De plus, l’économie russe est bien plus importante et bien plus diversifiée que celles des pays cités ci-dessus. En effet, les derniers indices économiques russes semblent indiquer que les mesures prises par les autorités permettent de maintenir la stabilité de l’économie face aux sanctions. Le rouble est revenu en un mois à des niveaux pré-guerre, la production industrielle a augmenté en rythme annuel de 4,5 % en mars, et le taux d’intérêt directeur a été réduit de 20 % à 17 %, ce qui est un niveau proche de celui de ces dernières années. À plus forte raison donc, il est peu probable que les sanctions changeront le système politique en Russie.

L’effet boomerang des sanctions

Il est difficile de penser que les dirigeants occidentaux avaient toute leur tête lorsqu’ils se sont mis d’accord sur ces sanctions. Dans leur ardeur de vouloir punir la Russie, les conséquences mondiales sur le long terme n’ont vraisemblablement pas été bien analysées par la classe politique occidentale.

La réalisation de l’inefficacité des sanctions contre la Russie pousse maintenant les dirigeants occidentaux à surenchérir dangereusement, obnubilés par leur obsession irréaliste de voir la Russie s’écrouler. Alors que les effets de nouvelles vagues de sanctions possibles contre la « forteresse Russie » sont clairement discutables, il est maintenant évident que les sanctions déjà actées se retournent progressivement contre l’Occident.

Car ces sanctions peuvent aussi être considérées sous un autre angle : ce sont les pays occidentaux qui se privent volontairement des importations et exportations russes, des ressources naturelles et de l’accès au marché russe. En empêchant leurs entreprises et leurs consommateurs de bénéficier de ces échanges économiques avec la Russie, les États occidentaux les condamnent à subir une réduction de compétitivité et d’épargne complètement artificielle. Ces sanctions représentent donc une ingérence grotesque par les gouvernements dans la liberté économique de leur société.

Les difficultés économiques que l’Occident s’est auto-infligé par ces sanctions ont déjà commencé dans des sociétés fragilisées par deux années de politiques inflationnistes liées à la pandémie. Il faut maintenant se préparer à une récession économique et une crise sociale. Les sanctions décidées par les dirigeants européens contre la Russie vont avoir des conséquences négatives directes pour les populations qui les ont élus. Mais comme d’habitude, elles n’ont rien eu à dire à ce sujet, car le système démocratique est surtout une chimère quand il s’agit des intérêts de l’État.

Impacts politiques mondiaux

Néanmoins, qui dit impact économique dit impact politique. Les conséquences politiques de ces sanctions vont se faire sentir non seulement aux États-Unis et en Europe, mais aussi dans le reste du monde. Dans beaucoup de pays des pénuries alimentaires provoqueront des crises graves, peut-être similaires à celles du printemps arabe de 2011. Déjà des sérieuses difficultés politiques secouent le Pakistan, le Pérou et le Sri Lanka. Il y a donc aussi une raison humanitaire de principe pour s’opposer fermement à ces sanctions contre la Russie.

En France, les mauvais résultats des partis traditionnels lors du premier tour de l’élection présidentielle alertent de ce qui adviendra dans ce pays. Ils s’expliquent en grande partie par l’incapacité des dirigeants politiques de proposer les réformes dont la France a tant besoin. La crise engendrée par les sanctions contre la Russie polarise probablement encore plus un électorat à la recherche de solutions politiques qu’il ne trouve visiblement pas chez la classe politique actuelle.

Les soi-disant candidats populistes ont désormais le soutien de plus de la moitié de l’électorat. Ces résultats montrent un rejet de la classe politique, mais expriment aussi une mécompréhension de la part de l’électorat français, puisque ces candidats sont tous profondément étatistes. Ils ne sont donc pas du tout susceptibles de mener la politique de changement désirée.

Pour le moment, il n’y a pas d’espoir d’une percée politique pour le libéralisme. Il faut donc continuer à promouvoir les idées libérales en France, ce qui signifie aussi s’opposer aux sanctions économiques contre la Russie pour toutes les raisons données ici.

 

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