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mardi, juillet 5, 2022

Assises du Tarn : quinze années de réclusion criminelle pour avoir poignardé sa compagne enceinte

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Le 19 juin 2019, Damien Clarac avait poignardé à plusieurs reprises sa compagne, avant de se porter un violent coup de couteau à l’abdomen. Les secours avaient retrouvé le couple dans un bain de sang. L’accusé a été condamné à 15 ans de prison.

Peut-on juger les fous ? Certainement pas. C’est même un principe multiséculaire, qui remonte au droit romain. Mais Damien Clarac n’est pas fou. Certes, il souffre de très importants troubles psychiatriques, et il a fait plusieurs séjours en hôpital depuis son adolescence. Pour les experts qui l’ont examiné, il « n’y a pas de trouble mental qui expliquerait son passage à l’acte. Il n’a pas entendu une voix céleste, ou vu dans le visage de sa compagne celui du diable. Il n’y a pas d’autre trouble mental que la colère, parce qu’à ce moment-là il n’a pas accepté qu’elle puisse partir ».

Ce « moment-là », c’est le 19 juin 2019. Une dispute éclate entre Damien Clarac, un Ariégeois de 36 ans, et sa compagne Aurore. Le couple s’est rencontré quelques mois plus tôt. C’est très vite l’amour fou et Aurore et tombe rapidement enceinte. Mais les problèmes de l’accusé refont surface. La jeune femme le presse depuis des semaines pour qu’il se soigne. Lui prend son traitement, avec peu de rigueur. D’ailleurs, fin mai 2019, il est une fois de plus hospitalisé en psychiatrie pour deux semaines. Il quitte l’établissement au bout de 7 jours, de lui-même.

Quelques jours après sa sortie, Damien porte à Aurore plusieurs coups de couteau dont trois dans le ventre au domicile de la jeune femme à St-Germain des Prés dans le sud du Tarn. Elle est « miraculée », mais l’enfant qu’elle portait depuis 3 mois ne survivra pas.

Un accusé fuyant

Après une première journée d’audience à fuir les questions de la cour, l’accusé n’a pas été plus bavard hier matin. Une fois de plus il cherche ses mots, marque de longues pauses. Il parle « d’amnésies » qui prennent le pas sur des « moments de lucidité ». « J’ai perdu le contrôle de moi-même, je ne comprends pas comment j’en suis arrivé à faire un geste pareil… » Il raconte péniblement ses souvenirs de cette journée du 19 juin. Le repas, la sieste, Aurore qui doit partir rejoindre une amie et lui qui l’en empêche parce qu’il veut « un quart d’heure tendre ». La dispute qui est montée en intensité, il raconte son « état d’énervement unique ».

Un « homme abîmé » rencontre une « femme abîmée »

Me Marie-Ange Alexis prend la parole pour Aurore. La jeune femme a déjà parlé devant la cour pendant une heure la veille, pour décrire les faits. Mais l’avocate décide de raconter la vie « brisée » de la jeune femme. Son premier enfant mort par noyade. Le second, grand prématuré, qui ne survivra que quelques jours. Et l’amour de sa vie parti des suites d’une longue maladie. « Vous imaginez quelle peut être sa vie avec ces douleurs-là ? ». Alors, quand elle rencontre Damien Clarac, c’est « comme une bouée de sauvetage ». D’ailleurs, note Me Alexis, quand Aurore a pris la parole, elle n’a pas eu un mot désagréable à son encontre.

L’avocat général prend la suite. Il parle à son tour d’un « homme abîmé », qui rencontre une « femme abîmée ». Il parle aussi de cet enfant à naître qui aurait pu les sauver tous les deux, « alors que ce sera la descente aux enfers ». Il parle encore du formidable instinct de vie et de survie qui habite la victime, qui a survécu de longues minutes dans une mare de sang. « Il y avait tellement de sang qu’on ne voyait plus le carrelage. Vous avez vu l’enquêteur, très expérimenté, qui est venu vous raconter ce qu’il a vu ce jour-là. Il en est encore habité », dit-il à l’attention des jurés. Toujours face aux jurés, il reprend les mots du psychiatre : « il n’y a pas de lien de causalité entre sa pathologie et son geste. Il y a eu une altération du discernement, mais pas une abolition », rappelle-t-il. « Mais ses regrets, j’y crois, et il faut être humain quand on juge », ajoute l’avocat général. Il réclame alors entre 12 et 15 ans de réclusion criminelle.

« On ne juge pas les fous »

Pour la défense de Damien Clarac, Mes Legros-Gimbert et Dubuisson insistent sur les troubles de leur client. « Monsieur n’est pas comme vous, ou moi. Il souffre de grandes fragilités, il faut donc le regarder différemment », dit le premier, rappelant « qu’on ne juge pas les fous »… « Votre décision passera par de l’emprisonnement, mais que j’espère le plus court possible, car ce n’est pas en prison que l’on soigne ». Me Dubuisson demande quant à lui aux jurés de ne pas « dramatiser ». « On a une victime, mais elle n’est pas morte, elle est là et elle sourit », se hasarde-t-il. Mais pour lui aussi, on ne peut pas juger son client comme « quelqu’un de normal. Il y a 100 ans, on l’aurait interné d’office ».

Après trois heures de délibéré, les jurés de la cour d’assises du Tarn ont retenu l’altération du discernement et ont condamné Damien Clarac à 15 années de réclusion criminelle.
 

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