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mercredi, juillet 6, 2022

la solitude des victimes de violences sexuelles lors de leur enfance

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Le souvenir de l’inceste qu’elle a vécu enfant, Rébecca* l’a pris de plein fouet des dizaines d’années plus tard à 58 ans. « Un matin, à 6 heures du matin, j’ai eu un flash très distinct. Un lieu, un endroit précis, et ce n’était pas un rêve », explique-t-elle. Mais, quand elle révèle ce qu’elle a subi au reste de sa famille, elle n’obtient pas de soutien : « Ça a été très, très, très violent. La fratrie qui nous traite de menteuse, qu’il fallait que j’arrête de dire des insanités sur la famille… » 

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Rébecca veut aujourd’hui à son tour libérer cette parole et monter à Marseille, une association pour que personne ne puisse fermer les yeux, pour en finir avec ce qu’elle appelle « La complicité familiale, le ‘Qui ne dit rien, consent’… » et de conclure simplement : « Si ces personnes-là vous entourent, le travail de reconstruction commence dès lors. »

Se reconstruire et se sentir accompagnée aussi par la justice : c’est l’inverse qu’exprime Sandra*, maman d’une petite fille de 3 ans et demi, « Moi, j’ai eu l’impression que, en gros, j’étais un dossier de plus ». Un jour, l’enfant lui raconte avoir peur d’un homme au centre aéré. « Elle est revenue en disant qu’il y avait un monsieur dans son placard, que le loup était là »,indique-t-elle au micro de franceinfo.

Face à cette situation, Sandra demande de l’aide à une amie qui trouve les mots justes. « Autant vous dire que je suis tombée des nues », confie-t-elle, très émue. 

« Ma fille lui a confié que le monsieur l’a réveillé pendant la sieste et que, du coup, il mettait la main dans sa culotte. »

S’ensuit un parcours du combattant pour déposer plainte, ce que dénonce dans son rapport la commission indépendante sur les abus sexuels chez les enfants, qui alerte sur l’accompagnement des victimes. Sandra se voit alors répondre, d’abord, que la personne chargée de ce dossier est en congé. « À quel moment faut-il attendre que cette dame-là rentre de vacances pour que je puisse porter plainte ? », s’agace-t-elle. Sandra finit par être reçue, mais on ne croit pas au récit de sa fille : « J’avais l’impression d’être une menteuse. Le gendarme, clairement, m’a mis une pression en me demandant si je n’étais pas amoureuse de cette personne-là. Quand on est victime, personne ne vous croit. »

C’est par une association que Sandra apprend, au bout de cinq mois d’enquête, que sa plainte est classée. « Et je n’ai pas envie que plus tard, elle me dise ‘maman n’a rien fait pour moi.' » Elle espère aujourd’hui que la justice accepte de rouvrir le dossier. On estime que 160 000 enfants sont victimes, chaque année, de violences sexuelles.

*Les prénoms ont été modifiés

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