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mardi, juillet 5, 2022

« On n’a pas que des vieux grimoires ! »

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« Regardez le nombre de bouquinistes fermés. Là, je suis à trois ventes, soit 19,60 euros. » Georges, 68 ans, est l’un de ces fameux bouquinistes qui exposent des ouvrages à vendre dans une caisse verte du bord de la Seine. Un symbole touristique sans lequel Paris ne serait pas vraiment Paris. Il est installé depuis 32 ans à côté de la cathédrale. Depuis quelques temps, il broie du noir. « Il y a le parvis de Notre-Dame qui est fermé, le Covid… Donc moins de touristes. » 

Les crises des « gilets jaunes » et du Covid-19 ont effet fragilisé cette profession qui regroupe quelque 240 bouquinistes, à travers 900 boîtes alignées sur 3 km le long des quais. Ces professionnels du livre ancien et d’occasion ont déserté les quais pendant les confinements. Découragés, certains n’ouvrent plus régulièrement. Et Georges n’est pas du tout optimiste pour ses jeunes confrères qui se verront attribuer les 18 emplacements offerts par la mairie. « Je trouve ça incorrect de faire croire à des jeunes qu’ils vont pouvoir en vivre. On les envoie à l’abattoir. » Ce n’est pas rien d’obtenir le droit de vendre sur les quais de Seine: ces spécialistes peuvent occuper leur emplacement… jusqu’à la mort. 

Félix, 33 ans, dresse, lui, un tout autre tableau : « On rencontre des personnes de tous les pays du monde. Par exemple, un Croate qui venait passer un mois en France, qui a discuté avec moi, m’a invité à un week end en Croatie. » Pour l’instant, Félix remplace un bouquiniste absent. Mais il espère décrocher son propre emplacement. Il fait partie des 71 candidats auprès de la ville, même s’il sait bien qu’il ne fera pas fortune sur les quais de Seine. Il a d’ailleurs une autre activité professionnelle, pour assurer ses arrières. 

Camille et Elena sont, elles, bouquiniste à temps plein. Les deux trentenaires ont même créé un festival qui est dédié à ce métier. « L’idée est de montrer qu’on n’a pas que des vieux grimoires », explique Camille. « Le métier de bouquiniste est très ancré dans le passé dans le Paris ancien. Il faut montrer aux gens que ce qu’on propose en littérature et en culture, c’est tout à fait de notre temps. », défend-elle.

Elena souhaite recréer un peu le contact perdu avec les Parisiens. « Les touristes, eux, sont toujours fans des bouquinistes. Ils viennent nous voir et nous prennent en photo. Par contre, pour les Parisiens, c’est un peu comme les grands monuments : ils ont un peu tendance à nous oublier, et à passer à côté sans nous voir. » Les deux Parisiennes seront là pour soutenir les 18 petits nouveaux qui vont obtenir un emplacement. Et Elena et Camille en sont persuadées : ils s’apprêtent à exercer le plus beau métier de Paris.

Les bouquinistes témoignent, un reportage de Claire Leys

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