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mercredi, mai 25, 2022

Le vrai État de la France, d’Agnès Verdier-Molinié

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Publié le 9 février 2022



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L’usage de la Ve République veut que le nouveau gouvernement, au sortir de l’élection présidentielle, commande un audit à la Cour des Comptes sur l’état du pays quand il arrive au pouvoir[…] Ne serait-il pas plus judicieux pour nos compatriotes d’avoir accès à cet audit avant les élections ? De connaître l’état du pays avant d’aller voter ?

Le vrai État de la France est cet audit qui n’est pas commandé avant les élections à la Cour des comptes, mais qu’elle ne désavouerait certainement pas, parce qu’elle pourrait avaliser les chiffres qui y sont publiés.

Certes il s’agit de chiffres macro-économiques, qui n’ont pas d’autre valeur que d’être une photographie de l’économie en fin de mandat présidentiel, ce qui ne signifie pas qu’on ne puisse pas en tirer des enseignements.

Décrochage

La France n’est plus ce qu’elle était. C’est une lapalissade que de le dire. C’est encore mieux d’en apporter la preuve documentée. C’est ce que fait Agnès Verdier-Molinié dans ce livre où elle constate, chiffres à l’appui, puis propose.

Bien que la directrice de l’iFRAP ne dresse pas directement le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron, l’état réel du pays n’a rien à voir avec les satisfecit qu’il se décerne après quelque cinq ans de pouvoir.

S’il est vrai que tout n’est pas à mettre à son passif, quoi qu’il en dise il n’a pas fait grand-chose pour redresser la situation qui s’est globalement aggravée.

Ainsi la France a continué de décrocher par rapport aux autres pays.

Elle occupe en 2020 le 23ème rang mondial en richesse par habitant.

Elle ne s’est pas réindustrialisée : 3,2 millions d’emplois salariés dans l’industrie en 2017, 3,1 millions en 2020 (contre 5,5 millions en 1980).

Elle a en 2020 le plus important déficit commercial de l’Union européenne, soit 82 milliards.

Au cours des 20 dernières années, les entreprises françaises ont investi deux fois plus à l’étranger que les entreprises étrangères ne l’ont fait en France.

Près de un million d’entreprises ont été créées en 2021 mais il s’agit à 90 % d’entreprises comprenant un seul salarié car créer une entreprise en France se heurte en effet aux repoussoirs de la fiscalité et des normes.

Repoussoirs

Ils ont conduit deux millions et demi de Français à s’exiler. Ils l’ont souvent fait pour des raisons fiscales, mais pas toujours. Souvent aussi pour des raisons de liberté, de pouvoir d’achat, de rêves d’entreprise.

Quelques chiffres-clés donnent le tournis :

La France est championne du monde du nombre d’impôts, taxes, contributions et cotisations.

En 2019, 483 au total, soit 214 impôts, 159 taxes et 110 cotisations. La France est le seul pays où l’on paye des taxes sur les taxes.

Les impôts directs des ménages sont passés de 250 milliards en 2017 à 275 milliards en 2019. Ils ont augmenté plus vite que le revenu disponible et les plus riches n’ont pas été avantagés : le dernier décile paie 10 milliards de plus, l’augmentation de la CSG/CRDS en étant la cause…

Les entreprises ne sont pas à meilleure enseigne : le supplément de prélèvements obligatoires par rapport aux autres pays de la zone euro ne s’est que légèrement réduit, passant de 158 milliards à 155 milliards d’euros, entre 2017 et 2019…

Soumission aux créanciers

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la dette de la France avait grimpé de plus de 600 milliards, sous François Hollande de presque 400, mais sous Emmanuel Macron, la hausse, à la fin de cette année 2022, sera d’environ 700 milliards d’euros ! Aucun autre pays d’Europe n’a fait ça !

Bref la dette publique s’élèvera à près de 3000 milliards d’euros, sans compter les engagements hors bilan : prestations sociales, pensions dues aux agents en poste ou en retraite jusqu’à leur décès et garanties accordées ici, à Bpifrance, ou là, pour l’emprunt de 750 milliards de la Commission européenne.

On est plutôt à 8000 milliards d’euros de dette pour la France.

Quels sont les détenteurs de la dette de la France ? De l’ordre, de 200 à 300 milliards d’euros de dette française seraient détenus en Chine si l’on en croit les chiffres qui circulent en off à Bercy…

Mais à la dette publique, il convient d’ajouter la dette privée :

Le taux d’endettement du secteur privé non financier en France au dernier trimestre 2020 a considérablement augmenté pour atteindre son chiffre record de 156 % du PIB.

Au total l’endettement s’élève à quelque 270 % du PIB, juste derrière la Grèce (330 % du PIB)…

La relance, dont Bruno Le Maire est le ministre, s’est traduite par un déficit record en 2021 de 200 milliards : la croissance de 6 % en 2021 est due pour la plus grande part à des dépenses publiques de fonctionnement, la part des investissements publics n’étant que de 0,4 % sur ces 6 %.

Bureaucratie

En matière de dépenses publiques, la France détient le record européen avec 60,7 % du PIB en 2021. L’État ne les a pas réduites auparavant comme Emmanuel Macron l’avait promis lors de la campagne présidentielle de 2017… et on sait, à l’épreuve du feu, que penser du fonctionnement des services publics…

Pourtant ce n’est pas faute d’avoir embauché :

L’INSEE anticipe […] sur le quinquennat, non pas une baisse de 120 000 postes d’agents publics, mais une hausse de 120 000 postes avec un record de 5,8 millions !

La République en marche d’Emmanuel Macron est bureaucratique…

Cette bureaucratie a un coût : 650 milliards d’euros en 2018, soit 27 % du PIB, quand la moyenne des pays européens (21 pays) est de 23,6 %. Ce qui représente un surcoût de 84 milliards d’euros par an dû à la mauvaise organisation et à la sous-productivité de l’administration française…

Pour que cela ne se voie pas, on a maintenu l’effectif au niveau de l’État et démultiplié les agences locales : il y a ainsi 60 000 guichets publics répartis sur le territoire national… Et c’est ainsi qu’on est incapable de savoir quel est le nombre en trop de cartes vitales en circulation…

Inactivité

Avec notre système de protection sociale élevée, nous courons le risque de désinciter au travail déclaré.

Le FMI a évalué en 2018 cette économie grise. Elle est inversement proportionnelle au niveau de protection sociale :

  • France : entre 8,3 et 12,8% du PIB
  • Allemagne : entre 6,8 et 10,4% du PIB
  • Suisse : entre 3,9 % et 6 % du PIB

 

Le nombre de chômeurs est de toute façon plus élevé que ne le laissent apparaître les données de la catégorie A (demandeurs sans emploi) de Pôle Emploi (1,5 million), les chiffres du gouvernement (2,25 millions). Le taux de chômage ne serait pas de 8 % mais de 13 % selon les calculs de l’INSEE, ce que corrobore le nombre d’indemnisés…

Les chiffres de l’INSEE (3,5 millions) intègrent en effet, selon la définition du BIT, les chômeurs partiels de longue durée, ceux qui sont en formation, ceux qui sont en emplois aidés, tous ceux qui sont pour une raison ou pour une autre, non disponibles pour travailler dans les deux semaines.

Quoi qu’il en soit, le nombre de personnes actives en France est en diminution.

  • 1,7 actif pour un retraité, mettant en péril un système de retraites basé uniquement sur la répartition
  • 35 % des 60-64 ans travaillent contre plus de 40 % en Europe
  • absentéisme élevé : 25 jours par an en moyenne dans le secteur public et 18,7 dans le privé
  • deux fois plus de syndiqués dans le secteur public que dans le privé. Le taux de syndicalisation est faible, un salarié sur dix, mais le nombre de jours de grève est élevé, entre 3 et 4 millions d’heures par an…

 

Pauvreté

Agnès Verdier-Molinié constate à ce sujet qu’il y a :

  • deux fois plus de milliardaires outre-Rhin
  • 7,1% de travailleurs pauvres en France contre 3,7% en Allemagne
  • un jeune sur vingt est illettré et 100 000 jeunes sans diplôme ni formation
  • quatre fois plus de logements sociaux en France qu’en Allemagne, favorisant ghettos et augmentation de la pauvreté
  • 300 000 sans domicile fixe et 27 000 sans-abri

 

Et pourtant, la France est championne du monde des dépenses sociales qui représentent 32 % de la richesse nationale…

Insécurité

Le tableau de l’insécurité n’est guère plus réjouissant.

Avec 880 homicides en 2019, la France est placée très haut dans le classement européen (1,28 pour 100 000 habitants contre 0,71 en Allemagne).

Le pays compte 3,8 millions de crimes et délits : 723 pour 100 000 habitants par an contre 386 en Italie ou 271 en Allemagne.

La surpopulation carcérale est de 113 % avec 68 301 détenus : il n’y a eu, entre 2017 et 2022 que 370 nouvelles places effectives contre les 7000 promises par le candidat Macron, si bien que de nombreux condamnés ne passent pas par la case prison…

Sur 122 839 obligations de quitter le territoire, seuls 18 909 retours à la frontière ont été effectués en 2019…

Une part non négligeable des milliers de mineurs non accompagnés sont responsables de l’insécurité dans les centres urbains…

Enfin, l’efficacité des fiches S est aujourd’hui controversée.

Conclusion

L’avenir du pays n’est pas radieux. Aussi l’auteure, qui croit résolument dans les réformes (jusqu’à présent elle a prêché dans le désert), ne se contente pas de constater, elle propose de lancer 22 chantiers.

En résumé, il s’agit :

De travailler et de produire en France, c’est-à-dire notamment de baisser les taxes sur les entreprises, de faciliter leur création, de reculer l’âge de la retraite (elle ne parle pas d’introduire la capitalisation), de relancer la filière nucléaire.

D’équilibrer les comptes de la nation, c’est-à-dire notamment de décentraliser, de baisser les dépenses publiques, de baisser les impôts, de voter dans la Constitution un frein à l’endettement (ce qui existe en Suisse).

De faire respecter la loi, rétablir la sécurité, de maîtriser les flux migratoires, c’est-à-dire notamment de construire 15 à 20 000 places de prison, d’expulser les étrangers auteurs de crimes et délits, de ne pas renouveler les cartes de séjour pour les ménages étrangers dont aucun membre ne travaille de manière déclarée (sauf asile).

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