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mercredi, mai 25, 2022

quels sont les atouts de la France dans cette bataille industrielle mondiale ?

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Sans semi-conducteurs, il n’y a tout simplement pas de numérique : pas de 5G, ni d’ordinateurs. Si vous démontez votre smartphone, vous verrez ces circuits électroniques qui permettent de prendre des photos ou de naviguer dans les différentes applications. Aujourd’hui, ces composants sont majoritairement fabriqués en Asie, et plus particulièrement à Taiwan, leader incontesté. L’archipel a développé ce secteur avec l’enteprise TSMC qui garantit à elle seule plus de la moitié de la production mondiale. Les États-Unis représentent 20% du marché, et l’Europe seulement 10%.

>> Semi-conducteurs : la pénurie devrait durer encore un an, selon Paul Boudre, le patron de Soitec

Si aujourd’hui le sujet est sur la table, c’est parce que la demande explose et la crise du Covid-19 a perturbé les circuits d’approvisionnement. On est donc aujourd’hui face à une pénurie de semi-conducteurs. Les conséquences sont bien concrètes pour les consommateurs, qui ont eu du mal ces derniers mois à trouver des consoles de jeux vidéo. Idem pour les voitures avec des usines Renault, Ford ou Volkswagen qui tournent au ralenti. Les délais de livraison eux ont doublé. Et ce n’est pas prêt de s’arranger. « Aujourd’hui, tous les pays, tous les sites de production sont en train d’augmenter leur capacité, explique Sébastien Dauvé, directeur du CEA-LETI de Grenoble, un institut de recherche en micro-électronique. On construit des usines, par exemple à Crolles près de Grenoble, mais il faudra deux à quatre ans pour que ces usines soient opérationnelles. Et après, on aura probablement une sur-capacité mais comme on a ces grosses tendances de fond, on se dit qu’à moyen ou long terme, ces usines serviront de toute façon. »

Les semi-conducteurs sont devenus essentiels aux économies, d’où ces plans de subventions : aux États-Unis, 52 milliards de dollars sont injectés pour revitaliser la filière, et en Europe, la Commission européenne présente mardi 8 janvier un plan à 42 milliards d’euros avec l’intention de donner un coup de fouet à la production de ces matériaux stratégiques. L’objectif affiché est de multiplier par quatre la production de semi-conducteurs et tenter d’atteindre les 20% de part de marché d’ici 10 ans.

La France a une carte à jouer dans ce domaine et on le constate à Grenoble, où sont basés des poids-lourds du secteur : les entreprises ST Microelectronics et Soitec. On retrouve leurs composants dans la plupart des smartphones. Ces structures sont nées dans les laboratoires du CEA-LETI. Plus précisément dans leur salle blanche où la température est très contrôlée, tout comme la poussière qui doit être presque totalement absente. « On travaille dans tout ce qui est miniaturisation, note Laurent Clavelier, responsable de laboratoire chez CEA-LETI, donc une poussière devient de plus en plus grosse, au regard de ce qu’on fabrique. Nous-mêmes, on va s’habiller d’une certaine façon parce qu’on est des générateurs de poussière. » 

Pour pénétrer dans la salle blanche, il faut donc enfiler sa tenue : charlotte sur la tête, masque, gants, combinaison. D’imposantes machines se trouvent à perte de vue, elles  produisent des puces de la taille d’un timbre-poste : « Sur ces puces, on va mettre des transistors et aujourd’hui, les transistors ont atteint une échelle nanométrique, tellement petits qu’on est arrivés à l’échelle atomique », détaille Laurent Clavelier. Ces machines permettent notamment de produire des puces toujours plus innovantes : « On parle de révolution numérique, parce que nos puces ont tellement de transistors qu’on arrive à avoir des fonctions très évoluées, ce qui nous permet de faire des véhicules autonomes », ajoute-t-il.

Une galette de silicium où sont gravés les composants électroniques. (CHRISTIAN MOREL/CEA)

Ces entreprises, qui mettent au point les technologies du futur, conçoivent aussi les technologies de rupture [une innovation technologique qui finit par remplacer une technologie dominante sur un marché]. « Avec Soitec, sur les composants en carbure de silicium, il y a ici un enjeu de transition énergétique, analyse Laurent Clavelier. Ce sont des composants de plus en plus efficaces pour l’industrie automobile. Quant à l’intelligence artificielle, dont en entend beaucoup parler sans vraiment savoir ce que c’est concrètement, au départ, ce sont des puces particulières, avec des mémoires de plus en plus performantes. »

« Maîtriser la fabrication des puces électroniques, c’est un enjeu stratégique. »

Laurent Clavelier

à franceinfo

Laurent Clavelier, responsable de laboratoire chez CEA-LETI, l’assure : »On ne peut pas être à la merci d’autres pays. Au niveau européen, on a intérêt à avoir une industrie de la micro-électronique très forte. » Cette industrie dépend des laboratoires. Sur les 42 milliards d’euros du plan européen, 12 milliards sont donc prévus pour favoriser la recherche dans des pôles comme le CEA de Grenoble ou ses homologues belges et allemands.

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