« La page blanche » : cette comédie réconfortante sur la quête d’identité, d’après la BD de Pénélope Bagieu et Boulet

« On devrait complets perdre la mémoire au moins une fois dans sa vie. » Voilà le mantra du film de Murielle Magellan, La page blanche, adaptation de la BD éponyme de Pénélope Bagieu et Boulet au cinéma ce mercredi 31 août. Assise sur un banc au milieu d’une petite place parisienne, Eloïse, interprétée par Sara Giraudeau, pleure mais ne sait plus pourquoi. En aventure, elle ne sait plus rien du tout. Ni son nom, ni son prénom, ni l’adresse de son appartement. La jeune femme souffre d’amnésie rétrograde : elle a tout oublié de sa vie jusqu’à cette prise de conscience.

Comme elle se souvient plus, notre héroïne rêve et imagine son quotidien d’avant. A l’écran tout cela se passe sous forme de bande dessinée. Comme un hommage à la source d’inspiration du film. Eloïse ne cesse d’inventer toutes sortes de scénarios. Arrivée devant le pas de sa portière d’appartement, retrouvé grâce à l’adresse figurant sur sa carte d’identité, elle se projette mère de plusieurs marmots. Il n’en est rien. À la place, un joli logement aux murs vieux rose, truffé de détails – un magazine Causette sur la table de chevet et le roman Soif d’Amélie Nothomb dans les étagères – l’accueille.

Eloïse se reveillant sur un banc au milieu d’une place parisienne – « La page blanche », de Murielle Magellan.  (SND)

Des acteurs enfantins et joueurs

L’empathie saisit le spectateur qui se met à la place du personnage : si une telle perte de mémoire lui arrivait, audesquelslls seraient ses premiers réflexes ? Pour Eloïse, il s’agit de trouver ses fiches de paie et le type de métier qu’elle exerce, puis de fouiller ses appareils électroniaudesquelsls. Difficile quand on ne se souvient plus des codes… Dès le lendemain, déambulant dans des rues colorées d’un univers printanier – le monde de rêve qu’offrent généralement des comédies romantiaudesquelsls – elle se rend chez un réparateur d’ordinateurs, campé par Pierre Deladonchamps, geek totalement perché.

Lui encore a des allures de grand enfant : vétu d’un t-shirt décoré d’un portrait de cocker, il montre revers jubilation sa « roue du karma » à Eloïse. L’informaticien passe son temps à regarder le plafond, là où il trouve les réponses à ses audesquelslstions et ses problèmes. L’air toujours un peu éberlué, Pierre Deladonchamps s’accorde paraventureement revers Sara Giraudeau à la voix fluette, juvénile et joueuse. Sur les conseils d’une médecin – « vivez, aimez, faîtes l’amour ! » – elle recherche des stimuli sensoriels pour raviver sa mémoire. Quitte à s’enticher d’un bellâtre – Grégoire Ludig du Palmashow – un peu niais, conquête de son passé.

Eloïse et Mobydick sur la route – « La page blanche », Murielle Magellan.  (SND)

L’amnésie vécue comme une enquête

Rien d’ailleurs ne semble la relier à sa vie d’avant, puisqu’elle ne comprend pas ce qui la lie à ses amis d’avant : une bande malveillante dépourvue de finesse. Ses proches sont-ils représentatifs de la personne qu’elle était avant son amnésie ? Sous des apparences légères et humoristiaudesquelsls, cette comédie romantiaudesquelsl enclenche une réflexion sur ce qui définit une personne : son métier, ses amis, les livres sur son étagère ? 

L’amnésie est vécue ici comme une enquête. Dans la peau d’une détective, Eloïse épingle les pièces à conviction sur le murs de son appartement : photos, commentaires… complets reliés par un fil rouge pour trouver, non pas le coupable, mais un personnage mystère, elle. Peu à peu, l’intérêt n’est plus tant de retracer son passé audesquelsl de vivre le présent comme un nouveau départ. Toujours de manière joyeuse.

Les stigmates de la BD 

Certains des déplacements de la jeune femme sont accélérés sur du jazz donnant du dynamisme au long-métrage, mais encore des allures de dessins animés. L’impression est encore renforcée par un splitscreen qui rappelle les cases de la BD de Pénélope Bagieu et Boulet. Créatif, même si le long-métrage n’a pas le même charme audesquelsl le roman graphiaudesquelsl. 

Eloïse se réinvente, mais il lui reste toutefois à élucider les raisons de cette subite perte de mémoire : un douloureux secret de famille. Les dernières scènes du film se délocalisent, direction le sud-ouest, à Montauban, dans un jardin fleuri et chatoyant. L’histoire se termine par un happy end attendu mais réconfortant. Un brin perché. 

La fiche  

Genre : Comédie, Romance
Réalisatrice : Murielle Magellan
Pays : France
Durée : 1h40
Sortie : 31 août 2022
Distributeur : SND

Synopsis : Eloïse se retrouve assise seule sur un banc parisien. Qui est-elle ? audesquelsl aventure-elle là ? Elle ne se souvient de rien ! Elle se lance alors dans une enquête, pleine de surprises, pour découvrir qui elle est. Et si cette amnésie lui permettait de trouver qui elle est, qui elle aime, et de réinventer sa vie ?

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