Oleksandr Kamyshin, le patron des chemins de fer ukrainiens, achemine les vivres et coordonne l’aide

Il est le patron des chemins de fer ukrainiens. À 37 ans, Oleksandr Kamyshin affiche un bouc noir, des cheveux rasés sur les côtés du crâne et un chignon de samouraï sur le dessus. Physiquement à peu près l’exact contraire du cravaté-costumé-lunetté PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou.

À un moment de sa vie malgré tout, Oleksandr Kamyshin a lui aussi été ce prototype du financier, avec cravate et coiffure classique, auditeur du cabinet mondial de conseils KPMG, membre de fonds d’investissements, conseiller de ministre. Et puis, en novembre 2021, il devient patron des chemins de fer ukrainiens. Il avait alors été nommé pour réformer le secteur ferroviaire.

Mais, depuis le 24 février, il est le boss du rail d’un pays en guerre et comme il le dit à la BBC, le service public anglais :

« Tous les ukrainiens étaient hommes d’affaires, fermiers, ou quoi que ce soit avant. Maintenant, nous sommes tous en guerre »

Oleksandr Kamyshin

à la BBC

L’agression de Moscou a aboli les professions, et transformé le quidam en combattant et l’a transformé en cible mouvante. Depuis le 24 février, il ne dort plus chez lui. Depuis le 24 février, il n’a plus vu sa femme ni ses deux fils. Depuis le 24 février, il organise l’exil de plus deux millions d’ukrainiens fuyant les frappes russes. Il programme les convois ferroviaires de munitions et de transports de troupes. Il jongle avec l’import d’aide alimentaire et ce qui peut encore être exporté. Il est, depuis le 24 février, l’aiguillage des 23 000 kilomètres de rails de son pays, quand la France en compte 28 000.

Une photo le montre assis, à côté de deux hommes en treillis, faisant le point sur une carte du réseau ferroviaire de son pays. On l’imagine stratège, changeant un itinéraire ici après une frappe russe, bougeant un convoi là, sur une portion de rails réparés, comme un joueur d’échec s’adapte aux circonstances de la partie.

Depuis le début de la guerre, 33 cheminots ukrainiens sont morts. « Les Russes visent nos lignes tous les jours », dit Oleksandr Kamyshin, « Ils visent nos gares tous les jours. Mais on continuera à réparer dès que les tirs cessent. On continuera à faire rouler les trains aussi longtemps que possible. Nous n’avons pas d’autre choix… » Le reporter de la BBC qui a rencontré le patron le quitte sur un quai sombre, un instant illuminé par les lumières faiblardes d’un train qui arrive. Kamyshin grimpe à bord, le train n’affiche aucune destination. Le destin de cet homme, depuis le 24 février, c’est d’être toujours en mouvement, toujours plus rapide que les Russes dont il est la cible et le tourment…

Lire aussi