Odessa entre mer et ciel

On imagine les regards pleins d’inquiétude tournés vers le grand large, on les imagine seulement car le front de mer se voit de loin. Tout est militarisé. Les barrages difficiles à franchir. Surtout pour des individus qui ne sont pas de la région. Une prudence aux confins de la méfiance. Qui n’est pas du coin est peut être un espion saboteur en repérage.

Comme l’indiquent Vanessa Descouraux, grand reporter (France Inter) et Marc Garvenes, technicien reporter (Radio France) – qui après avoir tourné à Lviv et Kiev, sont descendus à Odessa – il y a ici, une réalité différente de celle de Kiev.  

Kiev et Odessa  

Dans Kiev, la capitale ukrainienne, les rues étaient désertes et la vie s’organisait en sous-sol. Les rares files d’attente à la surface s’étiraient dans les supérettes et pharmacies. Aux carrefours de la ville, et là où se creusaient les tranchées, la parole était plus facile, plus libre, parce qu’émanant de civils qui s’organisaient pour défendre leur ville. 

Odessa, début mars 2022. Barrage d’une des routes menant à l’Opéra d’Odesa. (nom ukrainien de la ville russe d’Odessa) (MARC GARVENES / RADIO FRANCE)

À Odessa, c’est vraiment la structure militaire qui régit tout, sous le joug d’une bureaucratie implacable qui rappelle le système moscovite. Rien de plus normal, Odessa est une ancienne base navale soviétique, c’est dire que la culture russe y est très présente. Ce qui n’empêche pas les habitants de l’oblast d’être déterminés à défendre leurs rues et leurs monuments contre les forces de Vladimir Poutine. Et si les soldats ukrainiens sont visibles, les habitants le sont aussi dans leur activité à consolider les systèmes de défense.

La plage est méconnaissable, défoncée à coups de pelle. Des chaînes humaines organisent le transport de sacs de sable pour renforcer des positions ou protéger le patrimoine. La statue de Richelieu par exemple, fondateur de la ville, on ne voit plus que sa tête.  

Vanessa Descouraux et Marc Garvenes sont depuis une semaine à Odessa, et dans ce calme précaire où quelques restaurants et bars sont encore ouverts, dans une atmosphère glaciale, la ville se prépare au pire, et veut encore croire que les Russes n’attaqueront pas. Mais entre le vol de six missiles au-dessus des têtes vendredi 4 mars et un réveil samedi 5 avec les sirènes d’alerte qui sonnent pendant près de deux heures au lever du jour, l’appréhension grandit.  

Odesa, (nom ukrainien de la ville) début mars 2022. Une sorte de restaurant où il y a plusieurs types de cuisines proposées en temps normal, transformé en centre logistique où sont stockés et redistribués médicament, aliments, vêtements… (MARC GARVENES / RADIO FRANCE)

La guerre est un terrain mouvant : l’espace-temps n’est plus le même  

Dans un pays en guerre, le stress visible ou pas affecte la population, celles et ceux qui combattent, mais aussi humanitaires et journalistes venus ici pour travailler. En sécurité, sur de tels terrains, le risque zéro n’existe pas. Un endroit dit sécurisé à 14h ne le sera peut-être plus à 17h.

Des minutes deviennent des heures, des jours des semaines. Et une des meilleures garanties reste le calme, le sang-froid. Rester concentré sur ses moindres déplacements, à pied ou en voiture. Pas de place pour le hasard. Vanessa Descouraux explique que le trajet d’un point A à un point B nécessite l’étude minutieuse de l’itinéraire en amont de chaque mouvement.  

Pour Vanessa et Marc, le temps du départ est venu après deux longues semaines en Ukraine. Comme toujours, ils sont animés de sentiments contradictoires. Soulagés de rentrer chez eux, auprès de leurs proches, mais sans s’empêcher de se retourner, un dernier regard sur la ville qu’ils quittent, avec une pensée pour celles et ceux qu’ils ont croisés et qui restent là. Qui vont sans doute encore souffrir. Et Vanessa qui tient à revenir couvrir cette actualité se demande dans quel état elle retrouvera l’Ukraine, à son prochain reportage. Tout a tellement changé en 15 jours.  

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