Meeting le 5 mars : Macron prépare une campagne « Al Capone »

Publié le 1 mars 2022



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C’est un président promu pour la deuxième fois en 5 ans chef de guerre qui devrait dans les prochains jours s’engager dans la bataille électorale.

Plutôt que de faire campagne sur son projet, Emmanuel Macron appuie sa stratégie électorale sur un habile jeu de « j’y suis j’y reste », largement aidé par un contexte international qui a stérilisé le jeu politique. Le contexte guerrier fait que toute opposition est accusée de diviser le pays face à une menace extérieure.

Involontairement mais consciemment, ce contexte et cette stratégie permettent de conforter la non-campagne du chef de l’État dans une stratégie d’enjambement du scrutin.

Dernier exemple en date : la tenue du premier meeting du président-candidat, soit le lendemain de la fin du dépôt des parrainages au Conseil constitutionnel. Un meeting qui devrait se tenir seulement deux jours après la probable annonce de candidature d’Emmanuel Macron initialement prévue cette semaine mais repoussée du fait du contexte lors d’un déplacement encore inconnu, l’agenda officiel de l’Élysée étant toujours vide pour le mois de mars au moment où nous écrivons ces lignes.

Une posture qui évoque une campagne présidentielle couarde voire, pour reprendre un mot cher à la Provence, Capone devant le débat démocratique laissant craindre une campagne électorale volée.

Rejouer 2017

C’est donc à Marseille que le non-encore candidat Emmanuel Macron devrait faire son premier grand meeting.

C’est une ville symbolique de la macronie : outre le fait d’être la capitale de la région PACA ayant vu en 2015 les premiers soubresauts du macronisme avec le retrait de celui qui était alors député-maire socialiste de Forcalquier Christophe Castaner afin d’empêcher Marion Maréchal d’accéder à la présidence de la région, Marseille est également une ville-phare de la campagne présidentielle de 2017.

En effet, c’est à Marseille qu’Emmanuel Macron a lancé sa « grande marche », tout en pratiquant ensuite l’immobilisme durant 5 ans (un comble). C’est dans cette même ville qu’il a prononcé, le 1er avril 2017, un grand discours contre l’extrême droite, évoquant la fierté de voir dans la cité phocéenne l’incarnation d’une France métissée.

Ce n’est donc pas pour rien que le député des Bouches-du-Rhône Saïd Ahamada, pilote de la campagne présidentielle du président sortant dans la cité phocéenne, a évoqué chez nos confrères de BFMTV un symbole anti-zemmour permettant de rappeler « [qu’]on peut s’appeler Said et être député [ou] s’appeler Jonathan et être Français à part entière ».

La symbolique est claire : Emmanuel Macron se positionne en garant de l’unité du pays face aux candidats populistes et autoritaires, oubliant que sa pratique n’avait rien à leur envier en la matière.

Fuir le débat d’idées

Sans surprise, l’annonce de ce meeting a immédiatement fait réagir l’opposition, reprochant au chef de l’État de mener une campagne cryptique, non-dite, et surtout aux frais des contribuables.

Cette entrée en campagne tardive empêche le jeu électoral de se déployer totalement, notamment s’agissant du débat d’idées que l’Élysée semble soigneusement chercher à fuir afin d’éviter l’érosion probable du capital électoral du candidat, toujours stable autour de 25 % dans les différents sondages.

Refuser d’affronter son bilan

Depuis que son entourage a annoncé qu’il refusait de se soumettre aux traditionnel débats de premier tour, nous savions déjà qu’Emmanuel Macron était peu enclin à affronter ses adversaires sur son bilan.

Plutôt qu’une campagne de candidat, le président de la République nous annonce une tournée présidentielle. Le meeting du 5 mars en donne le ton : Emmanuel Macron n’est pas candidat à sa succession mais un président en tournée.

Une manière habile de faire campagne sans en avoir l’air qui n’est pas sans rappeler une pratique très monarchique du pouvoir. Seulement, l’hyperprésidence concentrant tout pouvoir dans le Palais, cette posture pose un authentique problème démocratique, puisqu’elle étouffe tout débat sur la politique menée.

Dans un système aussi verrouillé que la Cinquième République, et abstraction faite du contexte géopolitique européen qui n’a fait que s’ajouter à cette stratégie, la méthode employée par le président de la République relève d’un acte de couardise, au point que nous pouvons nous demander si l’énergie déployée sur le plan extérieur ne vise pas à compenser le refus d’affronter son bilan de politique intérieure.

Voler l’élection

Qu’est-ce qu’une élection ? Un acte de désignation des dirigeants d’un ensemble d’individus. Elle suppose une campagne électorale et donc des propositions mais surtout des débats permettant de trancher entre ces dernières.

Refuser le débat suppose de refuser au peuple et aux opposants le libre affrontement des idées. Or, le chef de l’État refuse catégoriquement d’entrer dans l’arène politique.

Par son refus du débat d’idées montrant une incapacité à assumer son bilan, sa fuite vers les sujets internationaux et sa volonté de focaliser la campagne sur les extrêmes, Emmanuel Macron montre tous les éléments d’une campagne volée.

Du côté de la présidence, attendons-nous donc à une campagne « Al Capone ».

 

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