L’Agence franceinfo devient l’Agence Radio France

Dans un contexte de prolifération des fausses informations, Radio France renforce considérablement son dispositif de vérification, pour agir en repère de confiance pour les Français avec une information vérifiée, sourcée, et pour cela il y a des méthodes. 

Structure unique au sein d’un média audiovisuel, l’Agence franceinfo créée en 2016 et diffusant 20 000 dépêches par an, s’est imposée comme une référence. Elle devient aujourd’hui, l’Agence Radio France. Pour en parler au micro d’Emmanuelle Daviet, la médiatrice des antennes de Radio France, Estelle Cognacq, la directrice de la rédaction de franceinfo.

Emmanuelle Daviet : Nous allons évoquer l’Agence Radio France, mais tout d’abord l’Agence franceinfo, créée il y a six ans. C’est un dispositif de vérification de l’information qui va donc désormais s’étendre au service de toutes les antennes de Radio France. C’est une organisation unique dans le paysage audiovisuel français. Tout d’abord, pourquoi avoir créé une agence interne à franceinfo en 2016 ?

Estelle Cognacq : Disons que dans une chaîne d’information en continu, et qui a plusieurs antennes, une antenne radio, mais aussi des antennes numériques, réseaux sociaux, on a eu besoin de centraliser notre information. On avait parfois des incohérences entre nos antennes, entre ce qui était dit sur le terrain par nos reporters et par nos présentateurs. Donc, on avait besoin de regrouper dans un endroit unique tout ce que l’on pouvait dire sur une information. Et c’est pour ça que l’Agence a été créée en partie.

Parallèlement à ça, on a voulu reprendre nos manières de travailler, notamment sur la source des informations, et on voulait établir une charte qui, vraiment indiquait : « franceinfo peut donner une information : dans quel cadre, par rapport à quelle source, par rapport à quelles remontées du terrain ». Donc on a voulu croiser ce besoin de centralisation avec cette charte de vérification des informations.

Y a-t-il un lien entre la création de l’agence et les attentats survenus un an plus tôt, en 2015 ?

Oui, cela a conforté notre décision. Et puis, on a eu un autre épisode qui est l’annonce de la « fausse » mort de Martin Bouygues, qui a eu lieu un peu dans la foulée. Donc, nous, on avait imaginé déjà un peu cette Agence et tout d’un coup, quand on a eu cette vague d’attentats, notre service police-justice en fait, a centralisé toute cette information dans un mail unique adressé à la rédaction régulièrement.

Et là, on s’est dit, on ne donne aucune information en provenance des autres médias, des agences de presse, de nos confrères, et on ne donne que les infos que nous avons revérifiées nous-mêmes. Et c’est ça qui a conforté l’idée de créer cette Agence, et d’étendre ce principe à toutes les informations. Donc, il faut savoir qu’aujourd’hui sur franceInfo, quand nous n’avons pas une information et qu’elle sort ailleurs, et qu’elle n’est pas correctement sourcée pour nous, c’est-à-dire des formulations que vous entendez une « source proche de l’enquête », « source proche du dossier », qu’on ne sait pas qui parle, et que cette personne n’est pas légitime à parler. On revérifie systématiquement.

La stratégie éditoriale de l’Agence, c’est la validation et la vérification de l’info, quitte à retarder la diffusion d’une information le temps qu’elle soit certifiée pour l’ensemble des antennes. Il n’y a plus cette course à celui qui donnera le premier, une info ?

Oui, c’était effectivement le postulat qu’il fallait adopter aussi il y a six ans, quand on a pris cette décision, ce qui n’était pas forcément facile quand on est en concurrence avec des chaînes d’info en continu. Longtemps franceinfo était seul, mais ce n’est plus le cas avec le web et avec les télés d’info en continu. Donc ça a changé.

Il fallait que nos présentateurs et tous les journalistes acceptent ce postulat. Donc, ce que l’on fait, c’est que dès qu’une information sort, si on ne l’a pas, bien sûr, nous, on enquête toujours. On a nos propres informations et on les sort. Mais quand elle sort ailleurs tout de suite, on met en place cette vérification, à la fois par nos services au sein de franceinfo, mais ça peut être aussi avec France Bleu, par exemple, et d’autres chaînes du groupe, et on met en marche cette machine à vérification. Donc on va perdre parfois quelques secondes, quelques minutes, une heure, et rarement au delà.

Emmanuelle Daviet : Est-ce que ces principes mis en œuvre au sein de l’Agence sont de nature à restaurer ou à entretenir la confiance avec les auditeurs ?

Estelle Cognac : En tout cas, c’est notre volonté, et c’est effectivement ce que l’on souhaite faire à travers cette Agence. Aujourd’hui, il y a une défiance envers les institutions politiques, scientifiques, par exemple, mais aussi les médias. On voit bien, et on l’a vu avec la crise du Covid par exemple, ou avec l’épisode des Gilets jaunes avant, que la confiance dans les médias a diminué.

Il y a des enquêtes chaque année, et donc ce qu’on voulait, c’est aussi essayer de retisser les liens et de réexpliquer un peu notre métier, comment on travaille tous ces fondamentaux du journalisme, pour essayer de dire à nos auditeurs, regardez comment on travaille. Vous pouvez avoir confiance en notre travail.

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