Présidentielle : les 5 programmes les plus libéraux

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Publié le 22 février 2022



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Un peu plus de 70 jours nous séparent de la prochaine élection présidentielle. Comme tous les 5 ans, le pays est le théâtre d’un concours Lépine des propositions les plus démagogues.

Cette situation a empiré avec le quinquennat qui a transformé la présidence de la République en un super-Premier ministre dont les électeurs attendent un travail d’assistante sociale.

Cette attente est confirmée par un récent sondage Ipsos-Sopra Steria pour le journal Le Monde, qui montre que les Français attendent un président proche de leurs préoccupations.

Au milieu de ce marasme, nous, libéraux, sommes davantage que d’autres sensibles à l’inventivité des politiques lorsqu’il s’agit d’interférer dans nos vies, et ce alors qu’aucun candidat en mesure de l’emporter ne semble reprendre le flambeau de la réduction de la sphère d’action de l’État.

Malgré tout, il y a aujourd’hui une quarantaine de candidats déclarés ou soupçonnés à la présidence de la République, du titulaire actuel de la fonction à des candidatures plus modestes, parmi lesquelles se trouvent pourtant des projets qu’il est difficile de ne pas voir avec intérêt lorsqu’on porte la question de la liberté individuelle dans ce pays.

L’occasion d’un petit top 5 des projets les plus libéraux portés par les candidats à la présidence de la République.

Du moins libéral au plus libéral :

Éric Zemmour (Reconquête)

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Éric Zemmour a depuis plusieurs mois fait preuve d’un libéralisme – sans doute électoral – qu’on ne soupçonnait pas chez ce colbertiste.

Le journaliste ne cache pas sa volonté de fonder un trumpisme à la française. Un populisme de droite très proche de celui théorisé 24 ans avant l’élection du magnat de l’immobilier par le philosophe libertarien Murray Rothbard et qui semble inspirer le candidat Zemmour lorsque ce dernier brosse dans le sens du poil le contribuable français de classe moyenne.

L’ancien puncheur de Laurent Ruquier propose ainsi notamment une politique sociale extrêmement restrictive, plusieurs exonérations de charges et d’impôts, la fin de la redevance et la privatisation de l’audiovisuel public, la fin de la surtransposition des normes européennes, la suppression du permis à points, le plafonnement des amendes, la lutte contre la fraude sociale ou encore la défense du droit de propriété face aux squatteurs.

Des propositions plus que bienvenues mais qui se noient dans un projet majoritairement autoritaire, lorsque les deux prochains programmes que nous évoquerons se manifestent par une tiédeur générale.

 

Emmanuel Macron (La République en Marche)

Pas encore candidat mais déjà doté d’un programme ? C’est ce qui semble se profiler alors que plusieurs bribes de propositions pointent depuis plusieurs semaines le bout de leur museau.

Des propositions qui ne semblent pas en être réellement tant le chef de l’État joue la carte de l’enjambement du scrutin d’avril.

Or, en coulisses, on s’active dans l’état major macronien.

Comme l’évoquent nos confrères de Marianne, le parti présidentiel aurait fait remplir des questionnaires à quelques 27 000 citoyens et organisé des ateliers et groupes thématiques.

La récente mise en lumière des droits de succession dans une bataille de la mesure la plus « révolutionnaire » entre LR et LREM n’en aura été que l’avatar, mais la guerre programmatique se jouera notoirement à droite.

Et si le macronisme de gouvernement a montré qu’il n’était rien d’autre qu’un populisme conformiste, ne laissant guère de doute sur le sort de ces mesures le moment venu, il faut constater que certaines d‘entre elles valent un léger sourire.

Mettant de côté l’étatisation de l’assurance chômage ou le contrôle préfectoral sur les permis de construire, Emmanuel Macron devrait proposer, à l’inverse de 2017, la fin des 35 heures. Une arlésienne du débat public qui serait remplacée par une « banque du temps », nouvelle usine à gaz fondée sur l’idée de moduler le temps de travail tout au long de la vie.

Autre mesure proposée : l’accroissement de l’autonomie des écoles et des universités, principal fait d’arme de Valérie Pécresse – cela n’est sans doute pas dénué de lien – avec l’accroissement des financements privés.

 

Valérie Pécresse (Les Républicains)

« Deux-tiers Merkel, un tiers Thatcher. »

C’est ainsi que s’est définie la candidate LR et désormais principale opposante à Emmanuel Macron dans les sondages, au coude-à-coude avec Marine Le Pen.

Seulement, un tiers Thatcher, ce n’est malheureusement pas assez.

Malgré cette insuffisance, Valérie Pécresse a montré qu’elle était sensible aux idéaux de liberté.

La présidente de la région Ile-de-France, qui nous avait accordé une entrevue début décembre, a rapidement frappé fort en reprenant nombre de propositions de François Fillon en les diluant toutefois dans un gaullisme social convenu qui ne la différencie guère de son ancien concurrent Xavier Bertrand.

Au milieu des 150 000 postes de fonctionnaires supprimés et des appels à la débureaucratisation et à la décentralisation, Valérie Pécresse ne rompt pas avec les mythes français sur l’ultralibéralisme et la croyance dans un État-stratège dont les carences ont été plus que visibles durant la crise sanitaire.

 

Rafik Smati (Objectif France)

Leader de la carte de vœux virtuelle avec dromadaire.com, Rafik Smati n’est pas un novice politique. Fondateur d’Objectif France, il s’est rangé en 2017 derrière celui qui incarnait alors un thatchérisme à la Française : François Fillon.

Depuis 5 ans, Smati travaille sa stature, multipliant les rencontres avec des personnalités nationales. Fin 2017, il reçoit le ralliement de l’ancien n°3 de la gendarmerie Bertrand Soubelet. Un an et demi plus tard, c’est le Parti libéral démocrate d’Aurélien Véron qui rejoint Objectif France.

Déclaré le 21 janvier dernier, ce pro-nucléaire soutenu par le maire de Fessenheim axe son projet autour d’un savant mélange de conservatisme et de libéralisme, associant rigorisme républicain à une aversion pour l’endettement et la fiscalité au service d’un État recentré sur ses missions régaliennes et les investissements d’avenir.

 

Gaspard Koenig (Simple)

Il est à la fois inutile et difficile de présenter Gaspard Koenig. Inutile car il est aujourd’hui une figure incontournable des milieux libéraux français. Difficile car prononcer son nom est sujet à polémique y compris dans ces mêmes milieux.

Pourtant, il sera difficile de faire un projet plus libéral que le sien. « Lassé de murmurer à des oreilles bouchées », Gaspard Koenig annonce la couleur dès le nom de son mouvement, Simple, qui incarne à lui seul le principal problème que pose l’État dans le quotidien des Français où le terme d’« administration » est synonyme de complexité et de sacs de nœuds kafkaien.

Sur son site de campagne, Koenig propose ni plus ni moins que de simplifier l’administration, de réduire drastiquement le nombre de normes, de fédéraliser au maximum le pays, d’en finir avec l’imbroglio des minimas sociaux à travers un projet de revenu universel et de rendre aux individus un droit de propriété sur leurs datas.

Ceux qui suivent Génération Libre depuis longtemps ne seront pas étonnés de ces propositions, qui ne sont que les démembrements programmatiques des marottes du think tank fondé il y a maintenant 9 ans.

Des marottes que Gaspard Koenig a porté dans plusieurs ouvrages offrant une perspective de libéralisme « du quotidien » et qu’il propose désormais aux électeurs.

 

Un article publié initialement le 28 janvier 2022.

 

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