on vous explique la nouvelle passe d’armes entre la France et le Royaume-Uni

A son arrivée à Glasgow pour la COP26, lundi 1er novembre, Emmanuel Macron a discuté durant de longues minutes avec Boris Johnson, sous le regard du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Le chef de l’Etat avait déjà retrouvé le Premier ministre britannique pour un tête-à-tête de près d’une demi-heure, dimanche, en marge du sommet du G20 à Rome. Une première depuis le G7, en juin dernier.

Dans leurs filets, les deux dirigeants ont remonté un différend qu’ils ne parviennent pas à démêler depuis l’entrée en vigueur du Brexit : les licences de pêche. Alors que les sujets de discorde s’accumulent entre les deux pays, franceinfo résume les enjeux de ce dossier.

Depuis le Brexit, les pêcheurs français doivent demander de nouvelles licences de pêche

L’accord sur le Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques, s’ils prouvent qu’ils y pêchaient auparavant. L’accès à la zone poissonneuse des 6 à 12 milles, qui s’étend du sud de la Mer du Nord au pays de Galles, est en théorie garanti aux navires qui s’y rendaient déjà pendant la période de référence 2012-2016. Pour cela, il leur faut toutefois demander de nouvelles licences à Londres.

Le secteur des îles anglo-normandes de Jersey et Guernesey, toutes proches des côtes françaises, est l’objet de plus âpres discussions. Chaque bateau doit justifier d’au moins onze jours de pêche dans cette zone, entre le 1er février 2017 et le 30 janvier 2020. Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir, notamment pour les petits navires dépourvus de système de traçage ou pour les bateaux neufs ayant remplacé une embarcation plus ancienne.

Paris accuse Londres de ne pas délivrer assez d’autorisations

La France reproche au Royaume-Uni d’accorder trop peu de licences à ses pêcheurs. Dans ces deux zones de pêche encore disputées, Londres et Jersey avaient accordé un peu plus de 210 licences définitives, fin octobre, alors que Paris en réclame encore 244. « Il manque quasiment 50% des licences auxquelles nous avons droit », a dénoncé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à la sortie du Conseil des ministres le 27 octobre.

Le porte-parole du Premier ministre britannique Boris Johnson a répliqué en avançant une statistique qui diffère grandement du chiffre brandi par les Français. « Il est important de souligner que 98% des licences de pêche ont été accordées », a-t-il rétorqué. Et d’ajouter : « Nous continuons à travailler avec le gouvernement français pour en accorder davantage sur la base des preuves qu’il fournit ».

Une affirmation démentie par la ministre de la Mer, Annick Girardin. « Le chiffre de 98% de licences accordées par le Royaume-Uni aux Européens est faux, a-t-elle lâché sur Twitter le 28 octobre. Seules 90,3% l’ont été. Bien évidemment, les 10% manquants sont pour les Français. »

La France menace le Royaume-Uni de représailles imminentes

Faute d’avancée, Paris menace d’interdire aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer des contrôles douaniers de tous les camions à partir du mardi 2 novembre, à la première heure. L’Elysée a précisé qu’un point serait fait mardi sur la mise en œuvre ou non de ces mesures de rétorsion.

La ministre de la Mer avait expliqué mi-octobre qu’elle voulait une solution globale d’ici au 1er novembre. L’île de Jersey a en effet donné un délai d’un mois – soit jusqu’au 30 octobre – à 70 bateaux français pour fournir de nouveaux éléments et rouvrir leur dossier. Ces navires étant, pour l’instant, sur liste rouge, ils ne pourront plus frayer dans les eaux de Jersey à compter du 1er novembre.

Cette date couperet concerne seulement Jersey. La situation est un peu différente pour Guernesey et les eaux britanniques, où les discussions restent ouvertes. Guernesey n’a pas fixé de date butoir et renouvelle chaque mois les licences provisoires. Le gouvernement autonome s’est engagé à continuer à le faire.

« La balle est dans le camp des Britanniques », a affirmé Emmanuel Macron après son entrevue avec Boris Johnson en marge du G20, dimanche 31 octobre. Le chef de l’Etat a expliqué avoir fait remettre au Premier ministre britannique, qui exige une levée des menaces françaises de sanctions, un document proposant une « méthode » pour une « évolution progressive » sur les licences de pêche. « Si les Britanniques ne font aucun mouvement, de manière évidente les mesures prévues à partir du 2 novembre devront se mettre en place car ce sera une fin de non-recevoir », a prévenu le chef de l’Etat, disant « espérer (…) une réponse positive ».

Londres lance à son tour un ultimatum à Paris

Ces menaces de représailles sont jugées « disproportionnées » par Londres qui, fait rare, a annoncé fin octobre qu’elle convoquerait l’ambassadeur de France à Londres, sans préciser de date. Loin de s’apaiser, la tension s’est accentuée avant le G20 avec la menace de Londres de mettre en œuvre des « contrôles rigoureux » sur les bateaux européens frayant dans ses eaux.

A l’issue du sommet à Rome, pendant qu’Emmanuel Macron s’exprimait dans une autre conférence de presse, Boris Johnson a déclaré que la position britannique « n’a pas changé », soulignant que la discussion avec son homologue avait été « franche ». Son porte-parole a toutefois précisé : « Si le gouvernement français vient avec des propositions pour atténuer les menaces qu’il a faites, nous les accueillerons favorablement ».

Dès le lendemain, la ministre des Affaires étrangères britannique a appelé le gouvernement français à retirer ses menaces de sanctions. « Les Français ont fait des menaces déraisonnables, y compris contre les îles anglo-normandes et notre industrie de la pêche », a déclaré Liz Truss sur SkyNews (article en anglais), lundi 1er novembre. Faute de solution « dans les 48 heures », la cheffe de la diplomatie a précisé que le gouvernement britannique s’appuierait sur le mécanisme de règlement des différends dans le cadre de l’accord commercial post-Brexit pour demander des « mesures compensatoires ».

Lire aussi