un « maréchal Twitto » aux commandes de l’Europe pour six mois

Le Premier ministre slovène Janez Jansa, qui prend la présidence de l’Union européenne pour six mois, inquiète ses partenaires européens pour ses positions radicales.  (JURE MAKOVEC / AFP)

La Slovénie prend pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne. Son Premier ministre Janez Jansa se revendique climatosceptique, conspirationniste, misogyne, anti-immigration, pro-armes, etc. De quoi donner quelques sueurs froides à ses partenaires européens.

Le surnom dont a hérité Janez Jansa, c’est « Maréchal Twitto » : parce qu’il tweete – beaucoup – une centaine de messages par jour, et parce qu’aux yeux de ses opposants, sa dérive autocratique le rapproche de Tito, l’ancien dictateur yougoslave.

Why the #EU was created and why we still have to fight for the #EUflag and for its original message. @mitjaokorn https://t.co/J3MPapIFug

— Janez Janša (@JJansaSDS) June 29, 2021

Syntaxe approximative, accusations rageuses, Janez Jansa s’en prend à toutes les voix critiques. Comme Donald Trump, qu’il admire, dont il a même repris le slogan, « Slovenia First » pour sa campagne de 2018. Et comme Donald Trump, il cible particulièrement les médias. Sous sa plume, les femmes journalistes sont des « ivrognes » ou des « prostituées » (pour le dire poliment).

L’an dernier, Janez Jansa a carrément suspendu les subventions publiques versées à l’agence de presse nationale. Sa machine à propagande, sa chaîne de télévision, est quant à elle régulièrement épinglée pour ses dérapages islamophobes et xénophobes. Bref, Janez Jansa, n’est pas exactement le visage que l’Europe souhaite montrer au monde, ni le mécanicien qui mettra de l’huile dans les rouages alors que c’est précisément son job pour les six mois qui viennent.

Ses relations sont compliquées avec les autres capitales européennes. En ce moment par exemple, il refuse de coopérer en matière de lutte anti-corruption.
Il a fait annuler les nominations des représentants slovènes au nouveau parquet européen. De fait ça empêche toute enquête sur la gestion des fonds accordés à Ljubljana par Bruxelles. Il refuse aussi de partager le fardeau migratoire comme son grand « ami » le hongrois Viktor Orban dont il partage l’idéologie ultra conservatrice et avec lequel il aime beaucoup s’afficher.

Pourquoi n’a-t-on jamais entendu parler de ce Premier ministre slovène ? D’abord parce que c’est un tout petit pays : 2 millions d’habitants coincés entre l’Italie, l’Autriche et la Croatie. On sait vaguement que la Slovénie est le pays de naissance de Mélania Trump, mais on a toujours du mal à la situer sur une carte.
La deuxième raison, c’est que sa conversion au populisme d’extrême droite, Janez Jansa l’a faite sur le tard, après la vague migratoire de 2015. En 2008, il avait déjà assuré la présidence tournante de l’Union, mais à l’époque il était sur la même longueur d’ondes que Bruxelles et ne s’était pas transformé en mini Trump.

La seule bonne nouvelle aujourd’hui pour les Européens, c’est qu’il est fragilisé. Il vient d’échapper de justesse à une motion de défiance, même les députés de sa coalition jettent l’éponge les uns après les autres. Sa cote de popularité est au plus bas, les Slovènes défilent tous les vendredis sous le slogan « Stop à la dictature »… À Bruxelles, certains se prennent à rêver qu’il n’ira pas au bout de sa mission.

A lire aussiSujets associés

Lire aussi