« Quand elles sont invisibles, on a un sentiment de faiblesse terrible »

L’armée de Terre organise ce samedi 19 juin une journée de soutien aux militaires blessés. Entre 2010 et 2019, 3 400 soldats ont été blessés en opération extérieure : 600 atteints physiquement et 2 800 psychologiquement. « Quand la blessure est invisible, on a un sentiment de faiblesse terrible, une auto stigmatisation », a expliqué ce samedi 19 juin sur franceinfo Antoine Brulé, chef de la CABAT, la cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre.

franceinfo : Quel est l’objectif de cette journée de soutien ?

Antoine Brulé : S’arrêter pour ces blessés, témoigner de la reconnaissance envers eux, et envers ceux qui oeuvrent au profit des blessés. C’est avant tout pour nos camarades qui ont été blessés dans leur chair ou dans leur âme que nous nous arrêtons aujourd’hui.

Est-ce facile pour les militaires de parler de leurs blessures psychologiques ?

L’armée a toujours une image d’hommes forts qui ne peuvent pas faiblir. C’est toute la problématique de cette blessure invisible, compliquée à gérer pour nos camarades blessés psychiquement. Ils se renferment sur eux-mêmes, hésitent à en parler à leur commandement. C’est tout l’enjeu de ce que l’on met en place dans les armées, en termes de sensibilisation et d’accompagnement, pour pouvoir détecter et prendre en charge cette blessure au plus tôt.

Est-ce qu’il y a une forme de honte ?

Physiquement non, quand on paye le prix du sang, cela se voit. C’est toujours le blessé emblématique que l’on met sur la place d’armes du régiment. A contrario, quand la blessure est invisible on a un sentiment de faiblesse terrible, on a une auto stigmatisation. On se replie sur soi, on se renferme et c’est là la difficulté.

Que faites-vous quand les militaires reviennent du terrain ? Comment faites-vous pour savoir s’ils ont été atteints, traumatisés ?

La cellule d’aide de l’armée de Terre mène plusieurs actions. Elle peut mener une action dans l’urgence. Lorsqu’il y a un blessé sur le terrain, et qu’il est rapatrié sur un hôpital parisien, nous mettons tout en œuvre pour que sa famille n’ait rien d’autre à penser que de se retrouver à son chevet. Nous allons l’accompagner, lui et sa famille, pendant la durée de la blessure, jusqu’à la réinsertion professionnelle. Pour la blessure psychique, on fait exactement la même chose. Si ce n’est que très souvent, cette blessure psychique se déclenche après l’évènement. Dans ce moment-là, nous organisons un parcours de réhabilitation et de réadaptation.

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps avant que ces blessures soient reconnues ?

La reconnaissance de la blessure psychique date de 1992. Ensuite, c’est l’organisation de ce que l’on peut mettre en place pour accompagner nos camarades blessés psychiquement. Là, il faut remonter à une dizaine d’années pour que le ministère des Armées prenne vraiment conscience de tout ce dispositif. Aujourd’hui, on a un parcours bien organisé, bien coordonné, et nous sommes toujours en phase de réglages.

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